Lonesome

Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale. Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper. Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force. Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance (quatrième de couverture).



Un vieil homme solitaire chargé de ramener auprès des siens une jeune captive, arrachée à sa famille indienne d’adoption. Quoique prévisible, on se laisse porter par l’histoire touchante de ce duo improbable et attachant amené à se côtoyer, à s’apprivoiser avec bienveillance et compréhension, à se soutenir tout au long d’un voyage périlleux et formateur. Un message de solidarité fort, sublimé par un récit tout en pudeur et une ambiance singulière qui fait peut-être plus encore la force de ce roman. Je n’avais jamais lu de « western » auparavant et j’ai particulièrement apprécié l’immersion dépaysante dans une époque, de sublimes paysages (révélés par de talentueuses descriptions) et un pan passionnant de l’Histoire du Far West. Je recommande.

Frais !

Parisienne trentenaire et célibataire, blasée de rencontres amoureuses sans intérêt, la narratrice de ce roman tombe, au détour d’une galerie d’art, sous le charme d’un Québécois. Sur un coup de tête, elle accepte son invitation à le rejoindre pour une semaine dans son « antre canadien. Un choc culturel ! »


Léger. C’est le mot qui qualifie le mieux ce roman sans prétention qui vaut moins pour son histoire – l’intrigue est somme toute très simpliste et un peu mièvre, la fin plutôt discutable – que pour son humour et sa fraîcheur.

On sourit tout au long des aventures épiques de cette jeune femme complètement déboussolée face aux us, coutumes et au parler québécois, et surtout face à cet homme, au demeurant charmant, mais qu’elle connait à peine. D’autant plus que celui-ci est flanqué d’un jeune fils et d’une ex-femme encore bien présente. Et que la narratrice n’est pas à un a priori près.



De ce portrait enlevé et amusant – un brin caricatural – il ressort que les Québécois sont aussi accueillants qu’agréables à vivre, surprenants et attachants, gentils et plein d’humour. Que les Parisiennes sont compliquées, jalouses, pleines de préjugés, pénibles, indécises… et bien conscientes de l’être ! Une lecture plus divertissante que consistante, mais qui fait du bien.

Libertés

Au cœur de l’Angleterre victorienne, en plein chantier de construction du bâtiment qui abritera l’Exposition universelle, Elizabeth Macneal déroule l’histoire d’Iris, jeune femme au tempérament frondeur qui, du même coup, quitte son emploi dans un petit magasin de poupées et, non sans déchirement, sa sœur jumelle Rose, pour vivre sa vie rêvée de modèle et d’artiste. Elle rejoint Louis, jeune peintre préraphaélite qui espère ardemment voir son tableau exposé en bonne place à la Royal Academy, décision qui marquerait la reconnaissance de son œuvre et plus globalement de sa confrérie. Entre séances de poses et autres leçons de dessin, Galatée ne manque pas de tomber amoureux de son Pygmalion. Et inversement. Un bonheur de courte durée : alors qu’Iris apprend que Louis a épouse et enfant, elle est également enlevée par Silas, trouble taxidermiste obsédé par la jeune femme à la légère difformité et son envie irrépressible d’en faire son trophée…


Avec La Fabrique de poupées, Elizabeth Macneal réalise un coup de maître. Tout en maintenant un suspense bienvenu au long du récit, l’auteur construit une intrigue à la fois sociale, historique et artistique, aussi documentée que passionnante.

L’auteur déploie sous les yeux du lecteur un Londres victorien moins coutumier, loin de l’atmosphère empesée et confortable des quartiers cossus ou petit-bourgeois. On y fréquente des bouges malfamés, des boutiques repoussantes de saleté, des rues peuplées de mendiants, de femmes perdues et d’enfants obligés de voler ou de ramasser des cadavres d’animaux pour survivre.

La vie d’artiste convoitée et courageusement adoptée par Iris, à défaut d’être luxueuse (surtout si elle n’est pas couronnée de succès) lui laisse néanmoins entrevoir un avenir fait d’indépendance. Iris brave les conventions d’une époque corsetée, pour revendiquer non seulement son émancipation artistique, mais aussi personnelle et amoureuse. Et c’est un portrait de femme d’une belle modernité qui se dessine au fil des pages.



Egalement ballotté d’ateliers de peintres en salons artistiques et jusqu’à la prestigieuse Exposition universelle de 1851, le lecteur d’Elizabeth MacNeal y entend parler de Dickens critique d’art, y croise Rosetti, Hunt et Millais et, mine de rien, en apprend beaucoup sur l’esthétisme préraphaélite et son inspiration médiévale, biblique, littéraire… Intelligent et captivant. Tout comme l’intrigue qui, au travers de l’obsession pathologique de Silas, interroge également les notions de folie, de désir, de possession et, une nouvelle fois, de liberté.

On m'apprend des choses que je ne sais pas

Saviez-vous que Marguerite Duras a écrit un (seul) livre pour les enfants ? Un album méconnu et qui fut, il faut bien l’avouer, un véritable échec commercial au moment de sa première édition. Pourtant, plus de 40 ans plus tard, ce texte qui permet de retrouver la plume épurée de Duras, paraît d’une étrange actualité. Parce que ce texte – atypique et drôle – interroge avec finesse sur la relation de l’enfant à l’absurde, à la connaissance, à l’apprentissage, à l’enseignement et sur son droit de ne pas vouloir savoir, de dire « non » (avec la tête et avec le cœur !) au professeur.



On appréciera également les illustrations contemporaines de Katy Couprie, inspirées des manuels d’autrefois et qui rappellent feues les leçons de chose. Là encore, un savant mélange de désuétude (papillons épinglés, batraciens disséqués, fleurs d’herbier…) et de modernité (un vrai bazar bigarré qui n’est pas sans rappeler le street art) pour un résultat qui n’illustre pas le récit, mais singe subtilement la découverte avide, complexe, morcelée de l’enfant (et de l’adulte !). Captivant !

Et pour achever de vous convaincre de découvrir cet album un peu mal aimé, on vous invite à écouter le podcast diffusé sur Radio Agora-Nanterre. Dans l’émission « Minute papillon », l’invité Thierry Magnier, éditeur (de cet album notamment) et Annabelle Sergent, comédienne, vous proposent une lecture (en)jouée de l’album, complétée d’une belle réflexion sur la création littéraire et artistique destinée (ou pas) aux enfants. A savourer !

Errances indiennes

J’ai coutume de dire qu’un excellent roman est celui qui crée un sentiment de manque une fois la dernière page tournée. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti en refermant le superbe Envol du moineau d’Amy Belding Brown. Si prenant que je l’ai parcouru en quelques heures. Si touchant que j’ai eu beaucoup de difficulté à choisir la lecture qui lui succéderait.

L’auteur nous offre un roman historique d’une belle densité. Basé sur des faits réels, richement documenté, il est crédible et érudit, déroulant sous nos yeux, l’épisode de la colonisation en Amérique au 17e siècle. Mary Rowlandson est l’épouse du pasteur d’une communauté de Presbytériens rigoristes venus d’Angleterre. Sous le joug de son époux, Mary, docile, courbe l’échine, même si les mœurs puritaines de sa famille et de sa communauté la révoltent en son âme et conscience.
Sa vie faite de soumission prend un tournant inattendu lors de l’attaque de son village par les Indiens. Faite prisonnière, elle doit épouser la vie d’errance de la tribu alconquienne, alors qu’elle devient la servante de Weetamoo, sa maîtresse mais aussi la cheffe respectée du clan. Et c’est paradoxalement parmi les « sauvages » que Mary fait l’expérience de l’humanité et l’humanisme et qu’elle apprivoise une toute nouvelle liberté, qu’elle aura a cœur de conserver au moment de son retour à la civilisation.



L’Envol du moineau, c’est un épisode tragique et captivant de l’histoire de la Nouvelle-Angleterre. C’est une héroïne courageuse qui assume avec force son émancipation. C’est une ode à l’affranchissement des servitudes qu’elles soient féminines, cultuelles ou d’un peuple. C’est un tableau subtile et nuancé de la culture indienne, faite de violence archaïque, mais aussi de respect et d’amour. C’est enfin un hommage à la nature, à la liberté, à l’épanouissement de soi. Divinement beau.

Alter ego

Chap n’a pas cherché à se faire passer pour un autre, il a simplement laissé faire…
Dans ce foyer d’urgence pour jeunes paumés où il refusait obstinément de donner son nom, les gens du centre sont venus le voir avec une photo, celle d’un ado porté disparu qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Chap a fini par dire ce que les autres attendaient, que c’était bien lui Cassiel Roadnight ! Et puis tout s’est enchaîné, la sœur de Cassiel est venue le chercher pour le ramener chez lui, dans sa maison, où l’attendaient sa mère et son grand frère.
Chap n’a pas pensé qu’il allait vivre sous leur regard, chaque jour, chaque heure, chaque seconde et qu’il ne pourrait jamais se détendre ni se laisser aller. Un geste déplacé, un mot de travers, une mauvaise réaction risqueraient de donner l’alarme et de tout faire basculer ! Il n’a pas imaginé non plus que Cassiel pouvait cacher un secret monstrueux, et que c’est lui, Chap, qui allait en hériter… (quatrième de couverture)


Moi seul, caché dans le corps de Cassiel, pouvais voir la différence. Moi seul, piégé à l’intérieur de la vérité, toujours sur mes gardes, brûlant d’être libre.


Parce qu’il lui ressemble trait pour trait, Chap, jeune adolescent paumé qui erre de foyers en centres d’accueil, prend l’identité de Cassiel, porté disparu depuis deux années. Le jeune homme qui espérait avant tout pouvoir s’intégrer dans le cercle familial serein qui lui a toujours fait défaut, n’imaginait pas devoir rester autant sur le qui-vive. Car la vigilance de tous les instants qu’il se doit de cultiver n’a pas pour seul but de maintenir l’illusion. En devenant Cassiel, Chap se doit d’assumer le dangereux secret que le fugitif a emporté avec lui.

J’apprivoise peu à peu la littérature pour adolescents et c’est sur les conseils de ma collègue bibliothécaire que j’ai choisi de lire celui-ci… malgré sa couverture jaune verdâtre qui, franchement, n’avait rien pour me séduire (je ne le lui ai bien évidemment pas dit, mais elle va peut-être le découvrir ici) ! Et je ne regrette vraiment pas de m’être laissé guider, car ce roman léché, abouti, d’un bon niveau de langue et qui flirte avec le thriller a vraiment tout pour (me) plaire.
Sa force réside notamment dans une intrigue bien ficelée et haletante autour d’un secret de famille qui captive le lecteur jusqu’à la dernière page. Elle consiste également en une réflexion pertinente sur la question de l’identité et ses corollaires : origines, personnalité, amour filial, opportunisme, construction, culpabilité, reconnaissance… Ceci en déroulant peu à peu un thème qui m’intrigue et m’attire depuis longtemps (attention clic = spoiler).

Jenny Valentine, La double vie de Cassiel Roadnight, L’Ecole des loisirs, 2013.

Ça swingue !

Tout menu dans son étang du fond des grandes Prairies, un petit canard rêve de New York et surtout de Broadway. Rien ne peut l’arrêter, il ira jusque-là ! On se moque, on s’étonne? Lui sait qu’il réussira ! Et il a bien raison… Un voyage téméraire balisé par des chansons illustrées de manière fort touchante par Fil & Julie, où se croisent des alligators, des tomates, un hippopotame, des limaces qui chantent des airs d’opéra et un nombril parfait, un voyage qui s’achève sur… un nuage, à Broadway. (quatrième de couverture).

Un petit album coloré, esthétique avec ses collages lumineux, raffinés et tendres.
Si l’histoire est un peu simpliste et à réserver aux plus petits, l’ouvrage vaut surtout pour le CD qui l’accompagne. En avant le music-hall : ça swingue chez les canetons (et pas que) !
Une musique rythmée, des chansons entraînantes, qui plairont aux petits et aux grands, des textes sympathiques, plein d’humour.
On en redemande !

Connie Kaldor, Fil & Julie, Un Canard à New-York, La Montagne Secrète, 2006.
Lecture en partenariat

Tag – Etre ses livres

A l’invitation de Petit Pingouin Vert (mon binôme de swap), voici mon portrait en livres, dessiné au fil de titre choisis… (et que j’avoue ne pas avoir forcément lus – oui je suis une rebelle qui contourne les règles).

  • Décris-toi : Timide (Sarah Morant)
  • Comment te sens-tu : Peine perdue (Olivier Adam)
  • Décris là où tu vis actuellement : Bretzel Blues (Rita Folk)
  • Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu : Au bord de l’eau (Christelle Minier)
  • Ton moyen de transport préféré : Le Fiacre de nuit (Pierre Souvestre)
  • Ton / ta meilleur(e) ami(e) est : Ma sœur, serial killeuse (Oyinkan Braithwaite)
  • Toi et tes amis, vous êtes : La Confrérie des chasseurs de livres (Raphaël Jerusalmy)
  • Comment est le temps : C’est quand Noël (Dawn Machel)
  • Ton moment préféré de la journée : La Promesse de l’aube (Romain Gary)
  • Qu’est la vie pour toi : L’Esprit de famille (Janine Boissard)
  • Ta peur : L’impossible deuil (Eric Deblicker)
  • Quel est le meilleur conseil que tu as à donner : Une femme d’imagination (Thomas Hardy)
  • Pensée du jour : Les femmes qui lisent sont de plus en plus dangereuses (Laure Adler)
  • Comment aimerais-tu mourir : Éloge de la douceur (Aurélie Godefroy)
  • La condition actuelle de mon âme : Lire, vivre et rêver (Alexandre Fillon)

Vite dit #4

Une histoire d’amour interdit comme il y en a tant. Elle va se marier. Il est père de famille. Et pourtant, ils s’aiment en catimini. Se quittent pour mieux se retrouver. Une attirance inéluctable, jusqu’au point de non retour.
Si la plume de Géraldine Dalban-Moreynas n’avait pas eu ce petit quelque chose d’addictif, j’aurais probablement abandonné ma lecture en cours de route. Tout simplement parce que le sujet, mainte fois traité, ne m’intéresse pas. Je ne doute pas, toutefois, que ce roman de la rentrée littéraire trouvera son lectorat. Il n’est juste pas fait pour moi.

Efficace. Direct. Convenu.

Géraldine Dalban-Moreynas, On ne meurt pas d’amour, Plon, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat

Premières lignes #6

Séduite par le rendez-vous hebdomadaire initié par Ma Lecturothèque, je vous livre, chaque semaine, les premières lignes de l’ouvrage dans lequel je suis plongée…

« Je n’ai pas choisi d’être lui. Je n’ai pas désigné Cassiel Roadnight, je ne l’ai pas fait sortir d’une file de personnes qui me ressemblaient comme deux gouttes d’eau. J’ai simplement laissé faire. Je voulais simplement que ce soit vrai. C’est le seul tort que j’ai eu, au début.
J’étais dans un foyer, un centre d’hébergement temporaire pour mômes impossibles, quelque part dans les quartiers est de Londres. J’y étais depuis deux ou trois jours, je venais de la rue, et j’étais entré là, forcé et contraint, car à moitié mort de faim. Les gens du centre essayaient toujours d’avoir prise sur moi. Ils essayaient toujours de trouver qui j’étais.
Je n’allais pas le leur dire ».

Jenny Valentine, La double vie de Cassiel Roadnight, L’Ecole des Loisirs, 2013.

Concours Cortex

Histoire de fêter les nouvelles couleurs de ce blog, je vous propose un petit jeu-concours organisé en partenariat avec les éditions J’ai Lu, que je remercie vivement pour leur fidèle générosité.

J’ai choisi de vous faire gagner, à l’occasion de sa sortie en poche (19 juin 2019), un exemplaire de l’excellent roman d’Ann Scott, Cortex, qui a fortement marqué mon imaginaire de lectrice à sa sortie en grand format (lire ma chronique).


Los Angeles, aujourd’hui. La cérémonie des Oscars va commencer, avec plus de trois mille personnes dans la salle. Soudain, une explosion.
Au cœur du chaos, très vite, les rumeurs courent. Julia Roberts, Steven Spielberg, Al Pacino… Qui est mort, qui est blessé ?
Dans cet Hollywood qui pleure ses icônes, Angie, une jeune réalisatrice française, Russ, un vieux producteur californien, et Burt, un humoriste new-yorkais, se croisent pendant quelques jours.
Entre amours perdues, sidération et passion du cinéma, chacun se demande : de quoi sera fait le futur, sans tous ces visages familiers qui ont façonné nos rêves ?


Tentés ? Alors n’hésitez pas à participer ! Les modalités sont simplissimes ! Et vous avez jusqu’au 1er juillet pour jouer !

  • Il vous suffit de laisser un petit commentaire sur ce billet pour confirmer votre participation. Vous pouvez également si le coeur vous en dit, vous abonner au blog/à la newsletter (colonne de droite).

Concours également ouvert sur Instagram et Facebook. France et Belgique uniquement.Tirage au sort et proclamation du résultat le 2 juillet 2019.
Merci par avance pour le partage de l’information !

Boucles temporelles

Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année. Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.
Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.
Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages (quatrième de couverture).


Rien de ce qui se produit ici n’est inévitable, bien qu’il puisse en paraître autrement. les événements ne cessent de se dérouler de la même manière jour après jour, parce que les autres convives ne cessent de prendre les mêmes décisions jour après jour […]. Vous êtes différent, monsieur Bishop […] Vous prenez des décisions différentes, et pourtant vous répétez les mêmes erreurs aux mêmes moments cruciaux. C’est comme si une partie de vous était perpétuellement attirée par l’abîme.


Si je devais résumer ma lecture de ce thriller fantastique en un seul mot, ce serait éreintant (trois semaines pour 500 pages). Mais je préciserais immédiatement que l’effort intellectuel fourni en valait largement la peine. Imaginez un roman labyrinthique et cyclique, une intrigue fouillée à la Agatha Christie mâtinée de Cluedo, absolument impossible à résumer, retorse, versatile, fascinante, immersive. Acceptez l’impossible et de vous égarer, de ne pas forcément réussir à comprendre toutes les subtilités d’un véritable casse-tête (vous n’en perdrez pas le fil pour autant), de confondre parfois les (nombreux) personnages, de vous demander tout du long où tout cela va bien pouvoir vous mener (à Hardcastle, encore et toujours). Vous ne le regretterez absolument pas. Car Turton est un génie, doté d’une maîtrise stylistique absolue, et son roman une véritable prouesse littéraire qui mérite largement le détour (pourtant des plus sinueux).

Stuart Turton, Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle, Sonatine, 2019.
Lecture en partenariat

Le grenier du blog#1

Avec ce billet, je lance un rendez-vous que je compte renouveler à l’occasion et qui consistera à extraire de mes archives quelques billets d’il y a une dizaine d’années. Des tags, des chroniques, des bribes remontant à mes débuts dans la blogosphère et dont je ne changerai pas un mot. Un brin de nostalgie et des bons souvenirs à la pelle…


Le 21 mars 2008, je lisais et chroniquais ce roman jeunesse. Je préparais alors avec assiduité mon entrée à l’IUFM, encore persuadée que je serais professeur des écoles !



AUTEUR : Oscar Wilde
TITRE L’Anniversaire de l’infante suivi de L’Enfant de l’étoile
EDITIONS : Gallimard Jeunesse
ANNEE : 2002
COLLECTION : Folio Junior
Lettre W du Challenge ABC 2008

Le premier des contes de ce bref recueil s’ouvre sur une fête d’anniversaire organisée à l’occasion des douze ans de l’infante d’Espagne. Les réjouissances se succèdent : jeux, simulacre de corrida, marionnettes, jongleur et superbe gâteau d’anniversaire… C’est toutefois l’arrivée d’un enfant nain qui est considéré, par les enfants, comme le clou du spectacle. Hilare et fascinée, l’infante ne peut détacher son regard du petit être informe qui s’exhibe devant elle. Pour se donner une contenance de « grande dame », elle salue la représentation en retirant une rose blanche de sa coiffure et en la jetant au petit garçon. Si ce geste n’a que peu d’importance pour elle, il bouleverse l’enfant qui se croit aimé et part à la recherche de celle dont il est épris, errant parmi les nombreuses pièces du palais. L’une d’elle, décorée d’un miroir, dévoile à l’enfant la triste vérité. C’est le cœur brisé qu’il aperçoit alors, une dernière fois, la cruelle infante…

Le second texte met en scène un bûcheron, recueillant un Enfant, tombé du ciel, tel une étoile. Le petit grandit en se distinguant non seulement par sa beauté, mais également par sa suffisance et sa cruauté. Cette dernière atteint son paroxysme le jour où l’enfant refuse d’accorder le moindre intérêt à celle qui se présente comme sa mère, parce qu’elle est une mendiante. Sa méchanceté est bientôt punie : à peine la mendiante a-t-elle quitté le village, que l’enfant se transforme en un être hideux, méprisé de tous. En proie au remords, il décide de partie à la recherche de sa mère et d’obtenir son pardon. Après un long parcours, semé d’épreuves lors desquelles il aura l’occasion de prouver sa métamorphose, l’Enfant de l’Etoile découvre sa véritable identité…

Deux courts récits très agréables à lire et qui permettent de retrouver toute la subtilité et la dérision de l’écriture d’Oscar Wilde. Réunissant plusieurs des ingrédients qui font l’attrait des contes traditionnels, ces deux textes traitent également sans fard, avec ironie et finesse, de la cruauté enfantine et de ses funestes conséquences.
Des textes empreints d’émotion (le premier tout particulièrement), au style raffiné, qu’il ne faut, d’ailleurs, pas réserver aux seuls enfants (malgré l’édition jeunesse !).

Aux grands mots…

les grands remèdes, savant mélange de meuble d’apothicaire et de catalogue de notices de bibliothèque. Deux boîtes à trésors qui m’ont toujours intriguée ou passionnée.

Des tiroirs virtuels pour recenser et mieux classer mes livres en des billets, plus lapidaires et plus organisés. En écho à ce blog, mais aussi à toutes mes lectures passées (fac de lettres, je t’aime).

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