Frais !

Parisienne trentenaire et célibataire, blasée de rencontres amoureuses sans intérêt, la narratrice de ce roman tombe, au détour d’une galerie d’art, sous le charme d’un Québécois. Sur un coup de tête, elle accepte son invitation à le rejoindre pour une semaine dans son « antre canadien. Un choc culturel ! »


Léger. C’est le mot qui qualifie le mieux ce roman sans prétention qui vaut moins pour son histoire – l’intrigue est somme toute très simpliste et un peu mièvre, la fin plutôt discutable – que pour son humour et sa fraîcheur.

On sourit tout au long des aventures épiques de cette jeune femme complètement déboussolée face aux us, coutumes et au parler québécois, et surtout face à cet homme, au demeurant charmant, mais qu’elle connait à peine. D’autant plus que celui-ci est flanqué d’un jeune fils et d’une ex-femme encore bien présente. Et que la narratrice n’est pas à un a priori près.



De ce portrait enlevé et amusant – un brin caricatural – il ressort que les Québécois sont aussi accueillants qu’agréables à vivre, surprenants et attachants, gentils et plein d’humour. Que les Parisiennes sont compliquées, jalouses, pleines de préjugés, pénibles, indécises… et bien conscientes de l’être ! Une lecture plus divertissante que consistante, mais qui fait du bien.

Libertés

Au cœur de l’Angleterre victorienne, en plein chantier de construction du bâtiment qui abritera l’Exposition universelle, Elizabeth Macneal déroule l’histoire d’Iris, jeune femme au tempérament frondeur qui, du même coup, quitte son emploi dans un petit magasin de poupées et, non sans déchirement, sa sœur jumelle Rose, pour vivre sa vie rêvée de modèle et d’artiste. Elle rejoint Louis, jeune peintre préraphaélite qui espère ardemment voir son tableau exposé en bonne place à la Royal Academy, décision qui marquerait la reconnaissance de son œuvre et plus globalement de sa confrérie. Entre séances de poses et autres leçons de dessin, Galatée ne manque pas de tomber amoureux de son Pygmalion. Et inversement. Un bonheur de courte durée : alors qu’Iris apprend que Louis a épouse et enfant, elle est également enlevée par Silas, trouble taxidermiste obsédé par la jeune femme à la légère difformité et son envie irrépressible d’en faire son trophée…


Avec La Fabrique de poupées, Elizabeth Macneal réalise un coup de maître. Tout en maintenant un suspense bienvenu au long du récit, l’auteur construit une intrigue à la fois sociale, historique et artistique, aussi documentée que passionnante.

L’auteur déploie sous les yeux du lecteur un Londres victorien moins coutumier, loin de l’atmosphère empesée et confortable des quartiers cossus ou petit-bourgeois. On y fréquente des bouges malfamés, des boutiques repoussantes de saleté, des rues peuplées de mendiants, de femmes perdues et d’enfants obligés de voler ou de ramasser des cadavres d’animaux pour survivre.

La vie d’artiste convoitée et courageusement adoptée par Iris, à défaut d’être luxueuse (surtout si elle n’est pas couronnée de succès) lui laisse néanmoins entrevoir un avenir fait d’indépendance. Iris brave les conventions d’une époque corsetée, pour revendiquer non seulement son émancipation artistique, mais aussi personnelle et amoureuse. Et c’est un portrait de femme d’une belle modernité qui se dessine au fil des pages.



Egalement ballotté d’ateliers de peintres en salons artistiques et jusqu’à la prestigieuse Exposition universelle de 1851, le lecteur d’Elizabeth MacNeal y entend parler de Dickens critique d’art, y croise Rosetti, Hunt et Millais et, mine de rien, en apprend beaucoup sur l’esthétisme préraphaélite et son inspiration médiévale, biblique, littéraire… Intelligent et captivant. Tout comme l’intrigue qui, au travers de l’obsession pathologique de Silas, interroge également les notions de folie, de désir, de possession et, une nouvelle fois, de liberté.

Challenge XIXe : une oeuvre sur la peinture

Des choses que je ne sais pas

Saviez-vous que Marguerite Duras a écrit un (seul) livre pour les enfants ? Un album méconnu et qui fut, il faut bien l’avouer, un véritable échec commercial au moment de sa première édition. Pourtant, plus de 40 ans plus tard, ce texte qui permet de retrouver la plume épurée de Duras, paraît d’une étrange actualité. Parce que ce texte – atypique et drôle – interroge avec finesse sur la relation de l’enfant à l’absurde, à la connaissance, à l’apprentissage, à l’enseignement et sur son droit de ne pas vouloir savoir, de dire « non » (avec la tête et avec le cœur !) au professeur.



On appréciera également les illustrations contemporaines de Katy Couprie, inspirées des manuels d’autrefois et qui rappellent feues les leçons de chose. Là encore, un savant mélange de désuétude (papillons épinglés, batraciens disséqués, fleurs d’herbier…) et de modernité (un vrai bazar bigarré qui n’est pas sans rappeler le street art) pour un résultat qui n’illustre pas le récit, mais singe subtilement la découverte avide, complexe, morcelée de l’enfant (et de l’adulte !). Captivant !

Et pour achever de vous convaincre de découvrir cet album un peu mal aimé, on vous invite à écouter le podcast diffusé sur Radio Agora-Nanterre. Dans l’émission « Minute papillon », l’invité Thierry Magnier, éditeur (de cet album notamment) et Annabelle Sergent, comédienne, vous proposent une lecture (en)jouée de l’album, complétée d’une belle réflexion sur la création littéraire et artistique destinée (ou pas) aux enfants. A savourer !

Errances indiennes

J’ai coutume de dire qu’un excellent roman est celui qui crée un sentiment de manque une fois la dernière page tournée. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti en refermant le superbe Envol du moineau d’Amy Belding Brown. Si prenant que je l’ai parcouru en quelques heures. Si touchant que j’ai eu beaucoup de difficulté à choisir la lecture qui lui succéderait.

L’auteur nous offre un roman historique d’une belle densité. Basé sur des faits réels, richement documenté, il est crédible et érudit, déroulant sous nos yeux, l’épisode de la colonisation en Amérique au 17e siècle. Mary Rowlandson est l’épouse du pasteur d’une communauté de Presbytériens rigoristes venus d’Angleterre. Sous le joug de son époux, Mary, docile, courbe l’échine, même si les mœurs puritaines de sa famille et de sa communauté la révoltent en son âme et conscience.
Sa vie faite de soumission prend un tournant inattendu lors de l’attaque de son village par les Indiens. Faite prisonnière, elle doit épouser la vie d’errance de la tribu alconquienne, alors qu’elle devient la servante de Weetamoo, sa maîtresse mais aussi la cheffe respectée du clan. Et c’est paradoxalement parmi les « sauvages » que Mary fait l’expérience de l’humanité et l’humanisme et qu’elle apprivoise une toute nouvelle liberté, qu’elle aura a cœur de conserver au moment de son retour à la civilisation.



L’Envol du moineau, c’est un épisode tragique et captivant de l’histoire de la Nouvelle-Angleterre. C’est une héroïne courageuse qui assume avec force son émancipation. C’est une ode à l’affranchissement des servitudes qu’elles soient féminines, cultuelles ou d’un peuple. C’est un tableau subtile et nuancé de la culture indienne, faite de violence archaïque, mais aussi de respect et d’amour. C’est enfin un hommage à la nature, à la liberté, à l’épanouissement de soi. Divinement beau.

Alter ego

Chap n’a pas cherché à se faire passer pour un autre, il a simplement laissé faire…
Dans ce foyer d’urgence pour jeunes paumés où il refusait obstinément de donner son nom, les gens du centre sont venus le voir avec une photo, celle d’un ado porté disparu qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Chap a fini par dire ce que les autres attendaient, que c’était bien lui Cassiel Roadnight ! Et puis tout s’est enchaîné, la sœur de Cassiel est venue le chercher pour le ramener chez lui, dans sa maison, où l’attendaient sa mère et son grand frère.
Chap n’a pas pensé qu’il allait vivre sous leur regard, chaque jour, chaque heure, chaque seconde et qu’il ne pourrait jamais se détendre ni se laisser aller. Un geste déplacé, un mot de travers, une mauvaise réaction risqueraient de donner l’alarme et de tout faire basculer ! Il n’a pas imaginé non plus que Cassiel pouvait cacher un secret monstrueux, et que c’est lui, Chap, qui allait en hériter… (quatrième de couverture)



Parce qu’il lui ressemble trait pour trait, Chap, jeune adolescent paumé qui erre de foyers en centres d’accueil, prend l’identité de Cassiel, porté disparu depuis deux années. Le jeune homme qui espérait avant tout pouvoir s’intégrer dans le cercle familial serein qui lui a toujours fait défaut, n’imaginait pas devoir rester autant sur le qui-vive. Car la vigilance de tous les instants qu’il se doit de cultiver n’a pas pour seul but de maintenir l’illusion. En devenant Cassiel, Chap se doit d’assumer le dangereux secret que le fugitif a emporté avec lui.

J’apprivoise peu à peu la littérature pour adolescents et c’est sur les conseils de ma collègue bibliothécaire que j’ai choisi de lire celui-ci… Et je ne regrette vraiment pas de m’être laissé guider, car ce roman léché, abouti, d’un bon niveau de langue et qui flirte avec le thriller a vraiment tout pour (me) plaire.
Sa force réside notamment dans une intrigue bien ficelée et haletante autour d’un secret de famille qui captive le lecteur jusqu’à la dernière page. Elle consiste également en une réflexion pertinente sur la question de l’identité et ses corollaires : origines, personnalité, amour filial, opportunisme, construction, culpabilité, reconnaissance… Ceci en déroulant peu à peu un thème qui m’intrigue et m’attire depuis longtemps (attention clic = spoiler).

Jenny Valentine, La double vie de Cassiel Roadnight, L’Ecole des loisirs, 2013.

Le grenier du blog #2

Un rendez-vous que je compte renouveler à l’occasion et qui consistera à extraire de mes archives quelques billets d’il y a une dizaine d’années. Des tags, des chroniques, des bribes remontant à mes débuts dans la blogosphère et dont je ne changerai pas un mot. Un brin de nostalgie et des bons souvenirs à la pelle…


Le 8 février 2008, je me laissais porter par la virtuosité d’Erik Orsenna et je participais au challenge ABC !


Jeanne et son frère s’embarquent une nouvelle fois à bord du paquebot qui doit leur faire traverser l’Atlantique : leurs parents, séparés, vivent chacun à l’autre bout de l’océan. Cette fois-ci une tempête éclate et les deux enfants sont les seuls rescapés du naufrage qui en résulte. Échoués sur une île paradisiaque, ils sont sains et saufs.. ou presque… Jeanne et Thomas sont muets. Toutefois, leur hôte, Monsieur Henri, a tôt fait de les rassurer : les deux enfant ont un mois pour découvrir l’île à ses côtés et se réapproprier le langage qu’ils ont perdu… voire en apprendre davantage…

Je suis encore sous le charme de ce récit aux allures de fable, inventif, poétique et souvent touchant. Ce roman illustré, qui est un hymne à la langue française et au pouvoir des mots, une invitation à la poésie, à l’apprentissage et à la création, est aussi une pique lancée en direction des grammairiens et de leur jargon. De cette lecture sympathique et inattendue, ressort en effet l’idée essentielle que l’on peut non seulement aborder et apprendre SIMPLEMENT la grammaire, mais aussi apprécier et apprivoiser les mots, à condition de les respecter.

À noter que le roman est aussi un hommage au chanteur Henri Salvador à qui le personnage de Monsieur Henri emprunte ses traits, la douceur de ses chansons et la poésie de ses mots.

Lettre O du Challenge ABC 2008.

Ça swingue !

Tout menu dans son étang du fond des grandes Prairies, un petit canard rêve de New York et surtout de Broadway. Rien ne peut l’arrêter, il ira jusque-là ! On se moque, on s’étonne? Lui sait qu’il réussira ! Et il a bien raison… Un voyage téméraire balisé par des chansons illustrées de manière fort touchante par Fil & Julie, où se croisent des alligators, des tomates, un hippopotame, des limaces qui chantent des airs d’opéra et un nombril parfait, un voyage qui s’achève sur… un nuage, à Broadway. (quatrième de couverture).

Un petit album coloré, esthétique avec ses collages lumineux, raffinés et tendres. Si l’histoire est un peu simpliste et à réserver aux plus petits, l’ouvrage vaut surtout pour le CD qui l’accompagne. En avant le music-hall : ça swingue chez les canetons (et pas que) !
Une musique rythmée, des chansons entraînantes, qui plairont aux petits et aux grands, des textes sympathiques, plein d’humour.
On en redemande !

Lecture en partenariat

Amours interdites

Elle vient d’emménager avec son homme. Dans un grand loft blanc qu’ils ont retapé. Elle doit se marier au mois de juin. La date est bloquée sur le calendrier de l’entrée.
Il va emménager avec sa femme et sa petite fille au deuxième étage du bâtiment B. Les travaux sont presque terminés.
Ils se croisent pour la première fois un dimanche de novembre, sous le porche de l’entrée. Elle le voit entrer, il est à contre-jour. Elle sent son corps se vider. Il la regarde. Il a du mal à parler.
Plus tard, ils se diront que c’est à ce moment-là que tout a commencé. Ils se diront qu’il était vain de lutter.
Il y a des histoires contre lesquelles on ne lutte pas.

Une histoire d’amour interdit comme il y en a tant. Elle va se marier. Il est père de famille. Et pourtant, ils s’aiment en catimini. Se quittent pour mieux se retrouver. Une attirance inéluctable, jusqu’au point de non retour.
Si la plume de Géraldine Dalban-Moreynas n’avait pas eu ce petit quelque chose d’addictif, j’aurais probablement abandonné ma lecture en cours de route. Tout simplement parce que le sujet, mainte fois traité, ne m’intéresse pas. Je ne doute pas, toutefois, que ce roman de la rentrée littéraire trouvera son lectorat. Il n’est juste pas fait pour moi.

Lecture en partenariat

Boucles temporelles

Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année. Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.
Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.
Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages (quatrième de couverture).



Si je devais résumer ma lecture de ce thriller fantastique en un seul mot, ce serait éreintant (trois semaines pour 500 pages). Mais je préciserais immédiatement que l’effort intellectuel fourni en valait largement la peine. Imaginez un roman labyrinthique et cyclique, une intrigue fouillée à la Agatha Christie mâtinée de Cluedo, absolument impossible à résumer, retorse, versatile, fascinante, immersive. Acceptez l’impossible et de vous égarer, de ne pas forcément réussir à comprendre toutes les subtilités d’un véritable casse-tête (vous n’en perdrez pas le fil pour autant), de confondre parfois les (nombreux) personnages, de vous demander tout du long où tout cela va bien pouvoir vous mener (à Hardcastle, encore et toujours). Vous ne le regretterez absolument pas. Car Turton est un génie, doté d’une maîtrise stylistique absolue, et son roman une véritable prouesse littéraire qui mérite largement le détour (pourtant des plus sinueux).

Lecture en partenariat

Le grenier du blog #1

Avec ce billet, je lance un rendez-vous que je compte renouveler à l’occasion et qui consistera à extraire de mes archives quelques billets d’il y a une dizaine d’années. Des tags, des chroniques, des bribes remontant à mes débuts dans la blogosphère et dont je ne changerai pas un mot. Un brin de nostalgie et des bons souvenirs à la pelle…


Le 21 mars 2008, je lisais et chroniquais ce roman jeunesse. Je préparais alors avec assiduité mon entrée à l’IUFM, encore persuadée que je serais professeur des écoles !


Le premier des contes de ce bref recueil d’Oscar Wilde s’ouvre sur une fête d’anniversaire organisée à l’occasion des douze ans de l’infante d’Espagne. Les réjouissances se succèdent : jeux, simulacre de corrida, marionnettes, jongleur et superbe gâteau d’anniversaire… C’est toutefois l’arrivée d’un enfant nain qui est considéré, par les enfants, comme le clou du spectacle. Hilare et fascinée, l’infante ne peut détacher son regard du petit être informe qui s’exhibe devant elle. Pour se donner une contenance de « grande dame », elle salue la représentation en retirant une rose blanche de sa coiffure et en la jetant au petit garçon. Si ce geste n’a que peu d’importance pour elle, il bouleverse l’enfant qui se croit aimé et part à la recherche de celle dont il est épris, errant parmi les nombreuses pièces du palais. L’une d’elle, décorée d’un miroir, dévoile à l’enfant la triste vérité. C’est le cœur brisé qu’il aperçoit alors, une dernière fois, la cruelle infante…

Le second texte met en scène un bûcheron, recueillant un Enfant, tombé du ciel, tel une étoile. Le petit grandit en se distinguant non seulement par sa beauté, mais également par sa suffisance et sa cruauté. Cette dernière atteint son paroxysme le jour où l’enfant refuse d’accorder le moindre intérêt à celle qui se présente comme sa mère, parce qu’elle est une mendiante. Sa méchanceté est bientôt punie : à peine la mendiante a-t-elle quitté le village, que l’enfant se transforme en un être hideux, méprisé de tous. En proie au remords, il décide de partie à la recherche de sa mère et d’obtenir son pardon. Après un long parcours, semé d’épreuves lors desquelles il aura l’occasion de prouver sa métamorphose, l’Enfant de l’Etoile découvre sa véritable identité…

Deux courts récits très agréables à lire et qui permettent de retrouver toute la subtilité et la dérision de l’écriture d’Oscar Wilde. Réunissant plusieurs des ingrédients qui font l’attrait des contes traditionnels, ces deux textes traitent également sans fard, avec ironie et finesse, de la cruauté enfantine et de ses funestes conséquences.
Des textes empreints d’émotion (le premier tout particulièrement), au style raffiné, qu’il ne faut, d’ailleurs, pas réserver aux seuls enfants (malgré l’édition jeunesse !).

Folles années

1925. Dinard, sa vie balnéaire, ses casinos, sa végétation luxuriante et ses régates… Un cadre enchanteur et cosmopolite qu’affectionne Alice, qui, en quête de beauté et de modernité, décide de créer sa marque de papiers peints. Au cœur des Années folles, Alice ne doit-elle pas croire en sa bonne étoile ? Stimulée par diverses rencontres artistiques, de durables amitiés et de tumultueuses amours, elle forgera son destin dans un monde où se profileront bientôt des menaces. Dominant la mer, la villa Margarita sera son plus sûr refuge en cas de fortes tempêtes.
A travers les engagements et les choix d’Alice se révèlent le charme, la notoriété et les fastes de Dinard, perle de la côte d’Emeraude…


Elle avait été trop longtemps naïve en pensant que les sentiments avaient une part d'immuabilité. Rien n'était écrit dans une relation. A l'impondérable s'ajoutaient les tracas de toutes sortes qui créaient les malentendus, égaraient, détruisaient. Le contentement des uns faisait souvent le malheur des autres.

Lire Quai de la Perle, c’est la promesse…

… de s’abreuver des fastes d’une époque révolue, celle des années folles. D’arpenter avec délices – robe du soir et coupe de champagne à la main – casinos, salles de jeux, bals et autres hôtels de luxe avant que le krach de 1929 et la Deuxième Guerre Mondiale ne viennent, au grand regret du lecteur emporté, y mettre un terme tragique.

… de s’attacher au personnage d’Alice, persévérante femme de tête et de talent, en quête d’émancipation familiale, professionnelle et amoureuse.

… d’aimer avec passion, en toute liberté, sans concession ou presque.

… de découvrir, en compagnie de cette talentueuse dessinatrice, les arcanes de la création du papier peint. Et, avec elle, de chercher l’inspiration, d’évoluer dans les ateliers de fabrication, de s’affirmer face aux mâles décideurs.

… de s’évader le long des côtes de la belle Dinard, station balnéaire réputée pour ses superbes plages, d’écouter le bruit des vagues, d’en sentir les embruns, de s’y baigner avec bonheur, avant de prendre le thé en bonne compagnie dans le magnifique jardin d’une villa Margarita enchanteresse.

Merci aux éditions Presses de la Cité pour l’envoi spontané (et dédicacé !) de ce roman riche, documenté, à la narration soignée. 

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Imposture

Quoi de plus paisible que la Maison Borj, cette boulangerie d’une petite ville de province belge à la fin des années 1950 ? Un ménage sans histoire, deux adolescents charmants, un commerce florissant : les Borj ont tout pour être heureux. Avec générosité, ils acceptent de prendre Josée, une orpheline de guerre, en apprentissage. Josée est une drôle de fille. Épileptique, pratiquement illettrée, la jeune fille a cependant un don émouvant pour le chant qui, après une messe de minuit retransmise à la radio, lui vaut une invitation au palais royal. Attisée par les rumeurs et la réprobation venues de l’extérieur, cette invitation va faire exploser l’harmonie des Borj, tiraillés entre le démon de midi du père, les ressentiments de la mère, la jalousie de la fille. Josée devient l’élément catalyseur de leur ruine. Bien malgré elle, comme dans une cure psychanalytique, elle fait resurgir les secrets enfouis, plongeant la famille dans une agitation à laquelle ses crises d’épilepsie font écho. En quelques semaines, la maison Borj va s’effondrer comme un château de cartes, son bonheur apparent, bâti sur des fondements bien fragiles, voler en éclat. Car si, chacun à leur manière, les personnages sont d’abord mus par de bonnes intentions, ils sont rattrapés par leur égoïsme et leur lâcheté. Et, comme souvent, ce sont les innocents qui en font les frais (quatrième de couverture).



Belgique, fin des années 1950. Lorsque les Borj accueillent avec générosité au sein de leur boulangerie une jeune apprentie, ils sont loin de se douter que Josée, orpheline de guerre et tellement insignifiante à leurs yeux, mènera inexorablement la famille à sa perte.
Armel Job déjoue, d’une plume patiente et tenace, l’imposture qui se cache souvent derrière les prétendus bons sentiments. Une séduisante leçon de clairvoyance.

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Sanguine

Alison Wood est avocate pénaliste. À mesure que sa carrière décolle, sa vie familiale se dégrade : elle passe ses journées à plaider et ses soirées dans les bars pour décompresser. Patrick, un collègue avec qui elle entretient une liaison toxique, souffle le chaud et le froid et l’humilie tout autant qu’il se sert d’elle. Pourtant, Alison n’arrive pas à décrocher.
Quand Patrick lui confie sa première affaire de meurtre, elle se plonge dans l’histoire de sa cliente, Madeleine, qui a poignardé son conjoint d’une quinzaine de coups de couteau. Au fil de leurs entretiens, Madeleine se livre : son mari diluait la pilule contraceptive dans son thé, examinait toutes ses dépenses, prenait toutes les décisions…
Petit à petit, leurs deux vies se font écho. Qui contrôle qui ? Et si, avant de défendre les autres, Alison commençait par se défendre elle-même (quatrième de couverture) ?



Probablement le meilleur des thrillers qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Alison Wood, avocate, entretient une liaison tumultueuse et humiliante avec son collègue et hiérarchique. Une addiction mêlée d’une culpabilité délirante qui aveuglent la jeune femme au point de l’empêcher d’identifier la cause véritable du délitement de sa vie familiale.
N’est pas toujours fautif celui qu’on croit. Retors et sulfureux, un thriller qui aborde avec un cynisme jubilatoire le pouvoir destructeur du pervers narcissique.

Oyez, oyez damoiselles…

Depuis deux saisons déjà, le vieux Hibou lui avait ouvert les portes de son officine et l’avait laissée feuilleter les pages de ses livres. Elle s’y était plongée avec délice, elle avait tout dévoré. Quelques mois et tout avait changé ; la jeune fille savait désormais que le monde ne se réduisait pas à une bobine de fil et à une aiguille.
Au cœur du Moyen Âge, deux sœurs se bâtissent un destin singulier. Bravant les conventions, l’une découvre le véritable amour tandis que l’autre s’adonne en secret à sa passion pour la médecine. Mais cette quête d’émancipation n’est pas sans danger à une époque vouant les femmes au silence. Une magnifique saga, qui renouvelle le genre du roman historique (quatrième de couverture).



Promesse d’un discours féministe sur toile de fond médiévale, l’apothicairerie en prime : Le Sang des Mirabelles avait d’emblée tout pour me plaire ! Ma lecture achevée, je confirme le coup de cœur et recommande vivement ce roman d’une grande richesse, de contenu comme de forme.
On appréciera en premier lieu l’histoire paradoxalement moderne d’Éléonore et d’Adélaïde, deux sœurs qui bravent les interdits d’une époque archaïque pour être résolument elles-mêmes : respectivement femme amoureuse et femme savante.
On plongera avec délices – tous les sens en éveil – dans l’atmosphère merveilleusement retranscrite d’un moyen-âge hétérogène, à la fois poétique, gourmand, sensuel, mais aussi cru, brutal, graveleux.
On savourera enfin les multiples facettes de cette fresque pittoresque, érudite et travaillée avec soin, jusque dans son écriture qui emprunte au vieux français certains mots et tournures pour une immersion encore plus réussie.

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