Mariage forcé

En bon disciple de Champfleury, Duranty nous propose avec Le Malheur d’Henriette Gérard, un roman de la vie de province, tout à fait exemplaire du réalisme tel que le défendent ses chantres, même s’il est largement moins connu que ceux d’un Balzac ou d’un Stendhal.

Sans fioriture et sans ambages, son intrigue relate le combat quotidien d’une jeune femme, Henriette, contrainte par sa famille d’éconduire l’homme qu’elle aime pour épouser un vieillard. Un simple résumé (aussi simple que l’intrigue) qui atteste déjà que l’idéalisme des romantiques prédécesseurs est en 1860, date de parution de ce roman, un réel souvenir.
C’est, d’ailleurs, pour son analyse psychologique détaillée (pour ne pas dire décortiquée !) et sa représentation au vitriol d’un milieu social mesquin et ignominieux que ce roman de mœurs vaut vraiment d’être lu.



D’aucun penseront de l’étude qu’elle est un peu pesante à force d’être fouillée ou trouveront le style trop incisif ou dépouillé. Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié le style clinique, la tonalité moqueuse et acerbe, l’incursion réussie dans le quotidien de ces bourgeois propriétaires terriens ainsi que la force de caractère et la persévérance du personnage féminin, seule (honnête) contre tous. Un classique de la littérature française du 19e siècle méconnu qui mérite, à mon sens, d’être redécouvert !

ChallengeXIXe : Le Horla
Objectif Pal

Notice #5

Composition

Joëlle Desseigne nous emmène au XIXe siècle et nous plonge dans l’univers des tabletiers éventaillistes de Sainte-Geneviève, dans l’Oise. Parmi eux, Casimir Fauque, ses employés et ses enfants consacrent leur vie à la fabrication des montures d’éventails. Les Fauque incarnent la simplicité des fabricants, entre le faste des réjouissances impériales et la misère des petites gens. L’amour trouvera-t-il sa place au milieu de ces objets singuliers ? (résumé éditeur)

Indications

  • Un roman documenté, un fonds historique d’une grande richesse, une immersion patiente.
  • Une histoire de famille, de générations, de castes sociales (qui n’est pas sans rappeler Zola).
  • Un bel hommage aux métiers et arts oubliés.

Contre-indications

  • Des erreurs (espaces) et choix typographiques (paragraphes trop nombreux) qui rendent la lecture malaisée.
  • Un arbre généalogique trop complexe, une foule de personnages parmi lesquels le lecteur se perd.
  • Un récit parfois elliptique, d’autres fois très bavard, souvent encyclopédique. Le contexte historique est souvent amené de manière artificielle.
  • Manque de fluidité et faiblesse de l’intrigue.

Bilan

Pour découvrir l’art et la manière des tabletiers éventaillistes du 19e siècle.

Excipients

#amour #amitié #famille #société #culture #art #artisanat #création #histoire #régionalisme #ouvriers #bourgeoisie #empire

Autres prescriptions

Les marques-page d’une croqueuse de livres, Mille-et-une feuilles… et vous ?

Lecture en partenariat
ChallengeXIXe : La Bête Humaine

Emotives

« De tous les talents ordinairement en possession de mon sexe j’étais la maîtresse. Au couvent, mes progrès avaient toujours été plus grands que ne le permettait l’instruction reçue, les connaissances dont je disposais étonnaient chez quelqu’un de mon âge, et je surpassai bientôt mes maîtres.
Toutes les vertus susceptibles d’orner un esprit se retrouvaient dans le mien. Il était le lieu de rencontre de toutes les qualités et de tous les sentiments élevés.
Mon seul défaut, s’il mérite ce nom, était de posséder une sensibilité trop vive, prompte à s’émouvoir de toutes les afflictions de mes amis, des personnes de ma connaissance, et plus encore des miennes. »
Dans ce bref roman épistolaire composé par Jane Austen à l’âge de quinze ans se goûte déjà la plume de la maturité, aussi délicate qu’ironique (quatrième de couverture).



Ce bref roman épistolaire fait partie des Juvenilia de Jane Austen et ne vaut clairement pas pour l’histoire superficielle qu’il raconte. Pourtant, il n’en est pas moins un petit bijou de littérature (à 2 euros le bijou, on est loin de la ruine !) à mettre dans les mains de toutes les Janéites. Si le texte est donc sans consistance et non dépourvu d’une bonne dose de niaiserie et de sensibilité exacerbée (je n’ai jamais assisté à autant de pâmoisons en si peu de pages !), c’est que la jeune écrivaine y stigmatise le roman sentimental et ses auteurs. Le roman est évidemment ironique, parodique et on prend un réel à plaisir à y découvrir en germe la verve mordante et subtile qui fait la saveur des écrits plus tardifs. Fin, amusant et déjà talentueux : que dire de plus ?

Lecture en partenariat
ChallengeXIXe : #jelalis

Libertés

Au cœur de l’Angleterre victorienne, en plein chantier de construction du bâtiment qui abritera l’Exposition universelle, Elizabeth Macneal déroule l’histoire d’Iris, jeune femme au tempérament frondeur qui, du même coup, quitte son emploi dans un petit magasin de poupées et, non sans déchirement, sa sœur jumelle Rose, pour vivre sa vie rêvée de modèle et d’artiste. Elle rejoint Louis, jeune peintre préraphaélite qui espère ardemment voir son tableau exposé en bonne place à la Royal Academy, décision qui marquerait la reconnaissance de son œuvre et plus globalement de sa confrérie. Entre séances de poses et autres leçons de dessin, Galatée ne manque pas de tomber amoureux de son Pygmalion. Et inversement. Un bonheur de courte durée : alors qu’Iris apprend que Louis a épouse et enfant, elle est également enlevée par Silas, trouble taxidermiste obsédé par la jeune femme à la légère difformité et son envie irrépressible d’en faire son trophée…


Avec La Fabrique de poupées, Elizabeth Macneal réalise un coup de maître. Tout en maintenant un suspense bienvenu au long du récit, l’auteur construit une intrigue à la fois sociale, historique et artistique, aussi documentée que passionnante.

L’auteur déploie sous les yeux du lecteur un Londres victorien moins coutumier, loin de l’atmosphère empesée et confortable des quartiers cossus ou petit-bourgeois. On y fréquente des bouges malfamés, des boutiques repoussantes de saleté, des rues peuplées de mendiants, de femmes perdues et d’enfants obligés de voler ou de ramasser des cadavres d’animaux pour survivre.

La vie d’artiste convoitée et courageusement adoptée par Iris, à défaut d’être luxueuse (surtout si elle n’est pas couronnée de succès) lui laisse néanmoins entrevoir un avenir fait d’indépendance. Iris brave les conventions d’une époque corsetée, pour revendiquer non seulement son émancipation artistique, mais aussi personnelle et amoureuse. Et c’est un portrait de femme d’une belle modernité qui se dessine au fil des pages.



Egalement ballotté d’ateliers de peintres en salons artistiques et jusqu’à la prestigieuse Exposition universelle de 1851, le lecteur d’Elizabeth MacNeal y entend parler de Dickens critique d’art, y croise Rosetti, Hunt et Millais et, mine de rien, en apprend beaucoup sur l’esthétisme préraphaélite et son inspiration médiévale, biblique, littéraire… Intelligent et captivant. Tout comme l’intrigue qui, au travers de l’obsession pathologique de Silas, interroge également les notions de folie, de désir, de possession et, une nouvelle fois, de liberté.

Challenge XIXe : une oeuvre sur la peinture