Appel à l’aide

Au lieu de vous parler, comme à mon habitude, de livres et de culture, je tenais exceptionnellement à partager ici et avec vous une cause qui me tient à cœur. Il y a quelques jours mon collègue et grand ami, ainsi que son épouse et leurs deux enfants ont tout perdu dans l’incendie de leur foyer. Une maison que le couple venait tout juste d’acquérir.
Leur apporter un petit soutien, même minime, sera l’occasion de les aider à recommencer une nouvelle vie avec un peu de sérénité, mais surtout de leur faire savoir qu’ils ne sont pas seuls dans cette épreuve.
Je laisse ici les liens correspondant notamment aux cagnottes que leurs collègues, amis et proches ont créées pour eux. D’avance merci.

Cagnotte Leetchi  
Pot commun en ligne
Page Facebook dédiée

Évanescence – extrait #3

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire, « A une passante » in: Les Fleurs du Mal, 1857.
John Singer Sargent, Street in Venice, huile sur bois, National Gallery of Art, 1882
(Source : Wikimedia Commons)

Fragment d’une colossale nature morte – extrait #2

Claude était monté debout sur le banc, d’enthousiasme. Il força son compagnon à admirer le jour se levant sur les légumes […].

Les salades, les laitues, les scaroles, les chicorées, ouvertes et grasses encore de terreau, montraient leurs cœurs éclatants ; les paquets d’épinards, les paquets d’oseille, les bouquets d’artichauts, les entassements de haricots et de pois, les empilements de romaines, liées d’un brin de paille, chantaient toute la gamme du vert, de la laque verte des cosses au gros vert des feuilles ; gamme soutenue qui allait en se mourant, jusqu’aux panachures des pieds de céleris et des bottes de poireaux. Mais les notes aiguës, ce qui chantait plus haut, c’étaient toujours les taches vives des carottes, les taches pures des navets, semées en quantité prodigieuse le long du marché, l’éclairant du bariolage de leurs deux couleurs. Au carrefour de la rue des Halles, les choux faisaient des montagnes ; les énormes choux blancs, serrés et durs comme des boulets de métal pâle ; les choux frisés, dont les grandes feuilles ressemblaient à des vasques de bronze ; les choux rouges, que l’aube changeait en des floraisons superbes, lie de vin, avec des meurtrissures de carmin et de pourpre sombre. A l’autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l’ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs, s’étalant, élargissant leurs ventres. Et le vernis mordoré d’un panier d’oignons, le rouge saignant d’un tas de tomates, l’effacement jaunâtre d’un lot de concombres, le violet sombre d’une grappe d’aubergines, ça et là, s’allumaient ; pendant que de gros radis noirs, rangés en nappes de deuil, laissaient encore quelques trous de ténèbres au milieu des joies vibrantes du réveil.

Emile Zola, Le Ventre de Paris [1873], extrait du chapitre I.

Sortir du cadre – extrait #1

Le  feu qui flambait jetait des reflets rougeâtres dans l’appartement, de sorte qu’on pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les figures des portraits enfumés pendus à la muraille.
Borrel_350C’étaient les aïeux de notre hôte, des chevaliers bardés de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fardé et aux cheveux poudrés à blanc, tenant une rose à la main.
Tout à coup le feu prit un étrange degré d’activité ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que j’avais pris pour de vaines peintures était la réalité ; car les prunelles de ces êtres encadrés remuaient, scintillaient d’une façon singulière ; leurs lèvres s’ouvraient et se fermaient comme des lèvres de gens qui parlent, mais je n’entendais rien que le tic-tac de la pendule et le sifflement de la bise d’automne.
[…] Je ne savais que penser de ce que je voyais ; mais ce qui me restait à voir était encore bien plus extraordinaire.
Un des portraits, le plus ancien de tous, celui d’un gros joufflu à barbe grise […] sortit, en grimaçant, la tête de son cadre, et, après de grands efforts, ayant fait passer ses épaules et son ventre rebondi entre les ais étroits de la bordure, sauta lourdement par terre.

Théophile Gautier, La Cafetière (1831).

Légende : Pere Borrell del Caso, Escapando de la crítica, 1874, huile sur toile,
Banco de España, Madrid. Source Wikimedia Commons.

Voyages labyrinthiques

9782745995025Embarquez pour un voyage sur les traces des animaux migrateurs ! Des ours blancs aux éléphants du Mali, le lecteur accompagne les animaux dans leurs extraordinaires migrations à travers un dédale de labyrinthes colorés (quatrième de couverture).

Les Animaux Globe-trotteurs est un album-documentaire (à partir de 6 ans) aussi esthétique que ludique ! Un grand volume pour de grandes images qui se déploient sur les doubles pages. Le graphisme, original et audacieux, attire l’œil et donne immédiatement l’envie de parcourir l’ouvrage.

Mais ce n’est pas tout ! L’album, qui propose une découverte des migrations, est aussi un livre-jeu. L’enfant y est invité à suivre sur chaque double page, du bout du doigt, un chemin labyrinthique – avec embûches et autres culs-de sac – qui singe et permet d’appréhender l’itinéraire et les difficultés rencontrées par les animaux. Autant d’espèces (crabes, colibris, ours, saumons et gnous…) que de migrations et de contrées à parcourir (de l’Arctique à l’Antarctique, en passant par le Mexique, l’Afrique ou la Californie). On explore paysages, végétations, climats, rendus aisément différenciables et compréhensibles par les illustrations légendées savamment travaillées et les choix de couleurs qui font sens en plus d’être merveilleusement harmonieux. C’est beau, amusant, facétieux, documenté et intelligent ! En bref, c’est la touche et l’univers de Mélissa Castrillon que je vous encourage à découvrir !

Mélissa Castrillon, Les Animaux globe-trotteurs, Milan, 2018, ♥♥♥♥♥

Miscellanées #2

Il y a 10 ans, jour pour jour, à Reims, je vivais une expérience aussi difficile qu’exaltante : la soutenance de mon doctorat en littérature. Pas moins de quatre heures à défendre avec passion devant un jury de spécialistes mon travail acharné et mon engouement jamais démenti pour Rodolphe Bresdin. Un exercice d’autant plus compliqué que je suis une grande timide anxieuse !
Au final, une réussite mais, comme pour beaucoup, pas de suites professionnelles concrètes. Malgré tout, cela restera un grand et beau souvenir, une aventure que je ne regretterai jamais… et que j’avais envie de partager, en quelques mots et en quelques images, avec vous.

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