Premières lignes #2

Séduite par le rendez-vous hebdomadaire initié par Ma Lecturothèque, je vous livre, chaque semaine, les premières lignes de l’ouvrage dans lequel je suis plongée…

« C’était douze ans avant la guerre. L’aube ne perçait pas encore. Une berline filait de toute la vitesse des chevaux sur la route qui longe le fleuve Ashley, dans les Basses Terres de Caroline-du-Sud. Les lanternes transperçaient à peine la nuit noire. Le brouillard, tourbillonnant à travers les vitre ouvertes, mouillait le visage et les mains des passagers
– Quel caractère de cochon, mon pauvre Rhett Butler ! râle John Haynes en s’affaissant sur son siège.
– Si tu le dis, John, répliqua Butler en déverrouillant la capote. On approche ? Pas question de faire attendre ces messieurs?
– On descend le chemin principal, master Rhett !
Hercule conduisait. Hercule était l’entraîneur des chevaux de course du père de Rhett – Langston Butler – et le serviteur le plus haut placé dans la hiérarchie des esclaves de la plantation de Broughton ; il avait tenu à conduire les deux jeunes gens ».

Donald McCaig, Le Clan Rhett Butler. Après Autant en Emporte le vent, Le Grand Livre du Mois (Oh! Editions), 2007.

Premières lignes #1

Séduite par le rendez-vous hebdomadaire initié par Ma Lecturothèque, je vous livre, chaque semaine, les premières lignes de l’ouvrage dans lequel je suis plongée…

« Les enfants jouaient pendant qu’Holston montait vers sa mort ; il les entendait crier comme seuls crient les enfants heureux. Alors que leurs courses folles tonnaient au-dessus de lui, Holston prenait son temps, et chacun de ses pas se faisait pesant, méthodique, tandis qu’il tournait dans le colimaçon, ses vieilles bottes sonnant contre les marches.
Les marches, comme les bottes de son père, présentaient des signes d’usure. La peinture n’y tenait que par maigres écailles, surtout dans les coins et sur l’envers, où elle était hors d’atteinte. Le va-et-vient ailleurs dans l’escalier faisait frémir de petits nuages de poussière. Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il. Peut-être que chaque vie en effaçait une couche pendant que le silo, lui, effaçait cette vie […] ».

Hugh Howey, Silo, Actes sud, 2013.