Internement

Des lettres bouleversantes. Une jeune femme enfermée. Un mystère à résoudre. 
1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires. Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur  des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions  de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais… (quatrième de couverture)



Un thriller historique basé sur des faits réels – honteusement peu lointains – qui a tout du page-turner. Deux récits qui alternent puis s’entremêlent pour n’en faire qu’un, une intrigue bien menée, des rebondissements et autres révélations à point nommé… Et ce petit quelque chose en plus qui fait la différence : l’attachement quasi immédiat du lecteur aux deux personnages féminins principaux, parce que le propos, sérieux, concerné, documenté ne peut laisser indifférent. Si le roman frôle seulement le coup de cœur pour moi, c’est parce qu’en habituée de ce genre, j’ai trouvé quelques coïncidences un peu faciles. Néanmoins, je recommanderai cet excellent ouvrage sans aucune hésitation et compte bien le faire acquérir à la médiathèque dans laquelle je travaille !

Lecture en partenariat

Sur le fil

La beauté de la soie. Le plaisir d’un amour.  La cruauté d’une trahison.
1768, Londres. Quand Esther Thorel, l’épouse d’un maître soyeux huguenot, sauve Sara Kemp des griffes d’une mère maquerelle, elle pense accomplir la volonté de Dieu.  Mais Sara, loin d’être reconnaissante, se lasse bientôt  de sa nouvelle vie de domestique au sein de la grande demeure du quartier de Spitalfields, où retentit la cadence des métiers à tisser. La relation des deux femmes se trouble peu à peu, et Sara se met en tête de découvrir ce qui préoccupe Esther. Car la maîtresse de maison a un secret : elle dessine depuis toujours et rêve que son mari, Elias, la laisse créer des motifs pour ses soieries. Lorsque celui-ci balaye ses projets d’un refus moqueur, Esther va involontairement bouleverser le destin du foyer… Sonia Velton tisse une histoire où l’ambition, l’amour  et la trahison se mêlent sur fond de révolte ouvrière et de bouleversements sociaux (quatrième de couverture).



Il y a chez Sonia Velton un talent comparable à celui de Tracy Chevalier et les inconditionnels des romans historiques mâtinés d’un environnement artistique singulier ne bouderont pas leur plaisir ! Transporté dans le Londres du 18e siècle, le lecteur est plongé dans le quotidien des soyeux huguenots. On y parle métier à tisser, tireurs de lacs, navettes et fils de chaîne. On y découvre un métier mis en danger par l’émergence du marché des indiennes, insinuant la révolte sociale dans les corporations ouvrières.

Dans ce contexte socio-historique, deux femmes s’opposent et s’apprivoisent. La première est une épouse servile et bigote. Au premier abord. La seconde, une ancienne prostituée impudente et ingrate, bien vite lassée de la situation de domesticité qui lui est offerte en guise de rédemption. En apparence là aussi. Et quand amour et trahison s’en mêlent, c’est en dépassant leurs préjugés et en s’unissant face à l’adversité qu’elles parviennent à se réaliser en tant qu’artiste, femme ou mère, conquérant ainsi respectivement leur indépendance.

Ce premier roman est un coup de maître. On saluera la richesse documentaire, l’immersion réussie – tous les sens mis à contribution – dans un monde et une atmosphère singuliers. Mais pas seulement. Il est aussi la promesse d’une intrigue captivante, d’une histoire d’amour bouleversante sans être mièvre, d’un récit subtil et admirablement mené et, enfin, d’un portrait de femmes dans leur essentielle complexité. Excellent à tous points de vue !

Lecture en partenariat

Emotives

« De tous les talents ordinairement en possession de mon sexe j’étais la maîtresse. Au couvent, mes progrès avaient toujours été plus grands que ne le permettait l’instruction reçue, les connaissances dont je disposais étonnaient chez quelqu’un de mon âge, et je surpassai bientôt mes maîtres.
Toutes les vertus susceptibles d’orner un esprit se retrouvaient dans le mien. Il était le lieu de rencontre de toutes les qualités et de tous les sentiments élevés.
Mon seul défaut, s’il mérite ce nom, était de posséder une sensibilité trop vive, prompte à s’émouvoir de toutes les afflictions de mes amis, des personnes de ma connaissance, et plus encore des miennes. »
Dans ce bref roman épistolaire composé par Jane Austen à l’âge de quinze ans se goûte déjà la plume de la maturité, aussi délicate qu’ironique (quatrième de couverture).



Ce bref roman épistolaire fait partie des Juvenilia de Jane Austen et ne vaut clairement pas pour l’histoire superficielle qu’il raconte. Pourtant, il n’en est pas moins un petit bijou de littérature (à 2 euros le bijou, on est loin de la ruine !) à mettre dans les mains de toutes les Janéites. Si le texte est donc sans consistance et non dépourvu d’une bonne dose de niaiserie et de sensibilité exacerbée (je n’ai jamais assisté à autant de pâmoisons en si peu de pages !), c’est que la jeune écrivaine y stigmatise le roman sentimental et ses auteurs. Le roman est évidemment ironique, parodique et on prend un réel à plaisir à y découvrir en germe la verve mordante et subtile qui fait la saveur des écrits plus tardifs. Fin, amusant et déjà talentueux : que dire de plus ?

Lecture en partenariat
ChallengeXIXe : #jelalis

Libertés

Au cœur de l’Angleterre victorienne, en plein chantier de construction du bâtiment qui abritera l’Exposition universelle, Elizabeth Macneal déroule l’histoire d’Iris, jeune femme au tempérament frondeur qui, du même coup, quitte son emploi dans un petit magasin de poupées et, non sans déchirement, sa sœur jumelle Rose, pour vivre sa vie rêvée de modèle et d’artiste. Elle rejoint Louis, jeune peintre préraphaélite qui espère ardemment voir son tableau exposé en bonne place à la Royal Academy, décision qui marquerait la reconnaissance de son œuvre et plus globalement de sa confrérie. Entre séances de poses et autres leçons de dessin, Galatée ne manque pas de tomber amoureux de son Pygmalion. Et inversement. Un bonheur de courte durée : alors qu’Iris apprend que Louis a épouse et enfant, elle est également enlevée par Silas, trouble taxidermiste obsédé par la jeune femme à la légère difformité et son envie irrépressible d’en faire son trophée…


Avec La Fabrique de poupées, Elizabeth Macneal réalise un coup de maître. Tout en maintenant un suspense bienvenu au long du récit, l’auteur construit une intrigue à la fois sociale, historique et artistique, aussi documentée que passionnante.

L’auteur déploie sous les yeux du lecteur un Londres victorien moins coutumier, loin de l’atmosphère empesée et confortable des quartiers cossus ou petit-bourgeois. On y fréquente des bouges malfamés, des boutiques repoussantes de saleté, des rues peuplées de mendiants, de femmes perdues et d’enfants obligés de voler ou de ramasser des cadavres d’animaux pour survivre.

La vie d’artiste convoitée et courageusement adoptée par Iris, à défaut d’être luxueuse (surtout si elle n’est pas couronnée de succès) lui laisse néanmoins entrevoir un avenir fait d’indépendance. Iris brave les conventions d’une époque corsetée, pour revendiquer non seulement son émancipation artistique, mais aussi personnelle et amoureuse. Et c’est un portrait de femme d’une belle modernité qui se dessine au fil des pages.



Egalement ballotté d’ateliers de peintres en salons artistiques et jusqu’à la prestigieuse Exposition universelle de 1851, le lecteur d’Elizabeth MacNeal y entend parler de Dickens critique d’art, y croise Rosetti, Hunt et Millais et, mine de rien, en apprend beaucoup sur l’esthétisme préraphaélite et son inspiration médiévale, biblique, littéraire… Intelligent et captivant. Tout comme l’intrigue qui, au travers de l’obsession pathologique de Silas, interroge également les notions de folie, de désir, de possession et, une nouvelle fois, de liberté.

Challenge XIXe : une oeuvre sur la peinture

Alter ego

Chap n’a pas cherché à se faire passer pour un autre, il a simplement laissé faire…
Dans ce foyer d’urgence pour jeunes paumés où il refusait obstinément de donner son nom, les gens du centre sont venus le voir avec une photo, celle d’un ado porté disparu qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau. Chap a fini par dire ce que les autres attendaient, que c’était bien lui Cassiel Roadnight ! Et puis tout s’est enchaîné, la sœur de Cassiel est venue le chercher pour le ramener chez lui, dans sa maison, où l’attendaient sa mère et son grand frère.
Chap n’a pas pensé qu’il allait vivre sous leur regard, chaque jour, chaque heure, chaque seconde et qu’il ne pourrait jamais se détendre ni se laisser aller. Un geste déplacé, un mot de travers, une mauvaise réaction risqueraient de donner l’alarme et de tout faire basculer ! Il n’a pas imaginé non plus que Cassiel pouvait cacher un secret monstrueux, et que c’est lui, Chap, qui allait en hériter… (quatrième de couverture)



Parce qu’il lui ressemble trait pour trait, Chap, jeune adolescent paumé qui erre de foyers en centres d’accueil, prend l’identité de Cassiel, porté disparu depuis deux années. Le jeune homme qui espérait avant tout pouvoir s’intégrer dans le cercle familial serein qui lui a toujours fait défaut, n’imaginait pas devoir rester autant sur le qui-vive. Car la vigilance de tous les instants qu’il se doit de cultiver n’a pas pour seul but de maintenir l’illusion. En devenant Cassiel, Chap se doit d’assumer le dangereux secret que le fugitif a emporté avec lui.

J’apprivoise peu à peu la littérature pour adolescents et c’est sur les conseils de ma collègue bibliothécaire que j’ai choisi de lire celui-ci… Et je ne regrette vraiment pas de m’être laissé guider, car ce roman léché, abouti, d’un bon niveau de langue et qui flirte avec le thriller a vraiment tout pour (me) plaire.
Sa force réside notamment dans une intrigue bien ficelée et haletante autour d’un secret de famille qui captive le lecteur jusqu’à la dernière page. Elle consiste également en une réflexion pertinente sur la question de l’identité et ses corollaires : origines, personnalité, amour filial, opportunisme, construction, culpabilité, reconnaissance… Ceci en déroulant peu à peu un thème qui m’intrigue et m’attire depuis longtemps (attention clic = spoiler).

Jenny Valentine, La double vie de Cassiel Roadnight, L’Ecole des loisirs, 2013.

Amours interdites

Elle vient d’emménager avec son homme. Dans un grand loft blanc qu’ils ont retapé. Elle doit se marier au mois de juin. La date est bloquée sur le calendrier de l’entrée.
Il va emménager avec sa femme et sa petite fille au deuxième étage du bâtiment B. Les travaux sont presque terminés.
Ils se croisent pour la première fois un dimanche de novembre, sous le porche de l’entrée. Elle le voit entrer, il est à contre-jour. Elle sent son corps se vider. Il la regarde. Il a du mal à parler.
Plus tard, ils se diront que c’est à ce moment-là que tout a commencé. Ils se diront qu’il était vain de lutter.
Il y a des histoires contre lesquelles on ne lutte pas.

Une histoire d’amour interdit comme il y en a tant. Elle va se marier. Il est père de famille. Et pourtant, ils s’aiment en catimini. Se quittent pour mieux se retrouver. Une attirance inéluctable, jusqu’au point de non retour.
Si la plume de Géraldine Dalban-Moreynas n’avait pas eu ce petit quelque chose d’addictif, j’aurais probablement abandonné ma lecture en cours de route. Tout simplement parce que le sujet, mainte fois traité, ne m’intéresse pas. Je ne doute pas, toutefois, que ce roman de la rentrée littéraire trouvera son lectorat. Il n’est juste pas fait pour moi.

Lecture en partenariat

Boucles temporelles

Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année. Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.
Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.
Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages (quatrième de couverture).



Si je devais résumer ma lecture de ce thriller fantastique en un seul mot, ce serait éreintant (trois semaines pour 500 pages). Mais je préciserais immédiatement que l’effort intellectuel fourni en valait largement la peine. Imaginez un roman labyrinthique et cyclique, une intrigue fouillée à la Agatha Christie mâtinée de Cluedo, absolument impossible à résumer, retorse, versatile, fascinante, immersive. Acceptez l’impossible et de vous égarer, de ne pas forcément réussir à comprendre toutes les subtilités d’un véritable casse-tête (vous n’en perdrez pas le fil pour autant), de confondre parfois les (nombreux) personnages, de vous demander tout du long où tout cela va bien pouvoir vous mener (à Hardcastle, encore et toujours). Vous ne le regretterez absolument pas. Car Turton est un génie, doté d’une maîtrise stylistique absolue, et son roman une véritable prouesse littéraire qui mérite largement le détour (pourtant des plus sinueux).

Lecture en partenariat

Le grenier du blog #1

Avec ce billet, je lance un rendez-vous que je compte renouveler à l’occasion et qui consistera à extraire de mes archives quelques billets d’il y a une dizaine d’années. Des tags, des chroniques, des bribes remontant à mes débuts dans la blogosphère et dont je ne changerai pas un mot. Un brin de nostalgie et des bons souvenirs à la pelle…


Le 21 mars 2008, je lisais et chroniquais ce roman jeunesse. Je préparais alors avec assiduité mon entrée à l’IUFM, encore persuadée que je serais professeur des écoles !


Le premier des contes de ce bref recueil d’Oscar Wilde s’ouvre sur une fête d’anniversaire organisée à l’occasion des douze ans de l’infante d’Espagne. Les réjouissances se succèdent : jeux, simulacre de corrida, marionnettes, jongleur et superbe gâteau d’anniversaire… C’est toutefois l’arrivée d’un enfant nain qui est considéré, par les enfants, comme le clou du spectacle. Hilare et fascinée, l’infante ne peut détacher son regard du petit être informe qui s’exhibe devant elle. Pour se donner une contenance de « grande dame », elle salue la représentation en retirant une rose blanche de sa coiffure et en la jetant au petit garçon. Si ce geste n’a que peu d’importance pour elle, il bouleverse l’enfant qui se croit aimé et part à la recherche de celle dont il est épris, errant parmi les nombreuses pièces du palais. L’une d’elle, décorée d’un miroir, dévoile à l’enfant la triste vérité. C’est le cœur brisé qu’il aperçoit alors, une dernière fois, la cruelle infante…

Le second texte met en scène un bûcheron, recueillant un Enfant, tombé du ciel, tel une étoile. Le petit grandit en se distinguant non seulement par sa beauté, mais également par sa suffisance et sa cruauté. Cette dernière atteint son paroxysme le jour où l’enfant refuse d’accorder le moindre intérêt à celle qui se présente comme sa mère, parce qu’elle est une mendiante. Sa méchanceté est bientôt punie : à peine la mendiante a-t-elle quitté le village, que l’enfant se transforme en un être hideux, méprisé de tous. En proie au remords, il décide de partie à la recherche de sa mère et d’obtenir son pardon. Après un long parcours, semé d’épreuves lors desquelles il aura l’occasion de prouver sa métamorphose, l’Enfant de l’Etoile découvre sa véritable identité…

Deux courts récits très agréables à lire et qui permettent de retrouver toute la subtilité et la dérision de l’écriture d’Oscar Wilde. Réunissant plusieurs des ingrédients qui font l’attrait des contes traditionnels, ces deux textes traitent également sans fard, avec ironie et finesse, de la cruauté enfantine et de ses funestes conséquences.
Des textes empreints d’émotion (le premier tout particulièrement), au style raffiné, qu’il ne faut, d’ailleurs, pas réserver aux seuls enfants (malgré l’édition jeunesse !).

Sanguine

Alison Wood est avocate pénaliste. À mesure que sa carrière décolle, sa vie familiale se dégrade : elle passe ses journées à plaider et ses soirées dans les bars pour décompresser. Patrick, un collègue avec qui elle entretient une liaison toxique, souffle le chaud et le froid et l’humilie tout autant qu’il se sert d’elle. Pourtant, Alison n’arrive pas à décrocher.
Quand Patrick lui confie sa première affaire de meurtre, elle se plonge dans l’histoire de sa cliente, Madeleine, qui a poignardé son conjoint d’une quinzaine de coups de couteau. Au fil de leurs entretiens, Madeleine se livre : son mari diluait la pilule contraceptive dans son thé, examinait toutes ses dépenses, prenait toutes les décisions…
Petit à petit, leurs deux vies se font écho. Qui contrôle qui ? Et si, avant de défendre les autres, Alison commençait par se défendre elle-même (quatrième de couverture) ?



Probablement le meilleur des thrillers qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Alison Wood, avocate, entretient une liaison tumultueuse et humiliante avec son collègue et hiérarchique. Une addiction mêlée d’une culpabilité délirante qui aveuglent la jeune femme au point de l’empêcher d’identifier la cause véritable du délitement de sa vie familiale.
N’est pas toujours fautif celui qu’on croit. Retors et sulfureux, un thriller qui aborde avec un cynisme jubilatoire le pouvoir destructeur du pervers narcissique.

Naufragées

Le 10 Avril 1912 : le majestueux paquebot Titanic quitte le port de Southampton. Destination : New York. A son bord, May Smith, passagère de 3e classe, son mari et leur bébé. Comme beaucoup d’autres, le couple part tenter sa chance en Amérique. Parmi les voyageurs de 1re classe, Celeste Parkes rentre chez elle en Ohio, le cœur serré. La jeune femme n’a osé avouer à personne la vérité sur l’homme qu’elle a épousé… Mais le naufrage du Titanic va tout changer. Rescapées, May et Celeste vont se retrouver liées à jamais. Après avoir survécu à l’horreur, comment Céleste réussira-t-elle à prendre son destin en main? Quant à May, la décision qu’elle a prise en secret cette nuit-là bouleversera sa vie et celle des générations à venir… (quatrième de couverture).

May ne lui avait livré que des fragments de vérité, pas toute l’histoire. Elle devait garder son affreux secret enfoui en elle pendant le reste de sa vie : c’était le prix à payer pour son crime.

Une belle saga avec pour toile de fond le naufrage du Titanic. C’est le seul bémol de cette lecture : pour moi qui pensais lire un ouvrage sur la vie menée sur le paquebot, il coule dès les premières pages ! Pour autant, je n’ai pas boudé mon plaisir à parcourir ce récit historique qui déroule son secret en une intrigue prenante et donne la part belle à la maternité, aux liens familiaux et à la force du destin. Il me reste donc à remercier sincèrement Lorena de me l’avoir fait découvrir.

Leah Fleming, L’Enfant du Titanic, Belfond (France Loisirs), 2012, ♥♥♥♥

Bis repetita

Berryassassinsoeur_250Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs (quatrième de couverture).

Tout d’abord un grand merci aux éditions Presses de la cité qui me gâtent depuis plus d’un an. Pour ce thriller, aussitôt arrivé dans ma boîte aux lettres (samedi), il fut aussitôt lu ! Il faut dire que la couverture était une invitation ; le titre et la quatrième captivants. Au final, je reste néanmoins sur une impression mitigée. Un petit bilan s’impose…

Les plus

  • Le roman est bref et efficace, avec des chapitres courts qui vont droit au but.
  • Le style est captivant, sans fioriture, et fonctionne bien au vu du tempérament de Nora.
  • L’intrigue tient la route. L’idée de l’enquête menée par amour fraternel est bien trouvée. On s’intéresse à l’histoire des deux sœurs, à leur passé et à la force de leurs liens.
  • Le rebondissement final est satisfaisant.
  • Les lieux, la météo créent une atmosphère propice.

Les moins

  • L’analyse psychologique des personnages est un peu faible. Les motivations des protagonistes sont souvent à peine esquissées, surtout pour les personnages secondaires.
  • Nora m’a été d’emblée antipathique. Ses silences et réponses monosyllabiques répétitifs sont pesants et délaient artificiellement l’intrigue.
  • Même si le dénouement est inattendu, l’histoire est un peu trop prévisible. On se doute que c’est Nora qui mènera l’enquête à son but, on devine qu’elle sera suspectée en cours de route…
  • Le twist final est un peu abrupt, pas forcément très clair. Il y a également quelques incohérences dans le récit ; les intuitions de Nora manquent souvent de fond, de justification.

Bilan

Un thriller efficace et divertissant, qui se lit en quelques heures et trouvera probablement son public, sans être toutefois inoubliable.

Flynn Berry, L’Assassin de ma sœur, Presses de la cité, 2018, ♥♥♥

Profil PoudlardChallenge HP – 2e année – Expecto patronum (défense contre les forces du mal)
Le premier livre d’un auteur

Féminisme victorien

« Lorsque je te conseille de ne pas te marier sans amour, cela ne veut pas dire que l’amour seul suffit … Il y a bien d’autres questions à envisager. Garde ton cœur et ta main le plus longtemps possible, ne les donne pas sans réfléchir. Si tu ne trouves jamais le mari idéal, console-toi en te disant que si les joies du célibat ne sont pas nombreuses, les douleurs du moins n’en sont jamais insupportables. Il est possible que ta vie de femme mariée soit plus heureuse que ta vie de jeune fille, mais bien souvent c’est le contraire qui se produit. »

L’arrivée de Mrs Helen Graham, la nouvelle locataire du manoir de Wildfell, bouleverse la vie de Gilbert Markham, jeune cultivateur.
Qui est cette mystérieuse artiste, qui se dit veuve et vit seule avec son jeune fils ? Quel lourd secret cache-t-elle ? Sa venue alimente les rumeurs des villageois et ne laisse pas Gilbert insensible. Cependant, la famille de ce dernier désapprouve leur union et lui-même commence à douter de Mrs Graham… Quel drame s’obstine-t-elle à lui cacher ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?
Publié en 1848, La Dame du manoir de Wildfell analyse la place des femmes dans la société victorienne. Considéré comme l’un des tout premiers romans féministes, il entretient de nombreux liens avec Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et s’inspire de la descente aux enfers, de l’alcoolisme et de la débauche de leur frère Branwell, mort entre leurs bras (quatrième de couverture)

J’ai une connaissance partielle et inégale de l’œuvre des sœurs Brontë. Toutefois, je pense pouvoir dire de La Dame du manoir de Wildfell Hall qu’il n’est pas le meilleur des romans proposés par le trio féminin, la faute notamment aux longueurs du récit et autres inutiles digressions sur lesquelles s’accordent la plupart des lecteurs. Brontëdamemanoir_250Ceci étant dit, je ne boude absolument pas mon plaisir à le lecture de ce texte qui s’inscrit pleinement, par son style et son propos, dans la littérature victorienne du XIXe siècle. Il s’agit avant tout d’un récit encore empreint d’un certain romantisme et teinté de moralisme pieux. Pour autant, au travers du personnage d’Helen, Anne Brontë revendique une vision moderne de la femme qui bouscule les idéaux victoriens et en défie la morale et les codes. Helen ne fait pas seulement preuve d’une fidélité et d’une abnégation héroïques envers son époux, elle se révèle déterminée et indépendante. N’oublions pas que la jeune épouse claque la porte du domicile conjugal et tente de vivre de son art ! Quant aux autres thématiques du récit – dénonciation de l’alcoolisme, du libertinage et de la maltraitance conjugale –  elles sont de même traitées avec une sincérité sans ambages qui a choqué le public à sa parution et confirme que le regard d’Anne Brontë est critique, sa plume acérée et son propos résolument précurseur. De fait, un roman féministe à lire avec attention.

Anne Brontë, La Dame du manoir de Wildfell Hall, Archipoche, 2012, ♥♥♥♥

Profil PoudlardChallenge HP – 4e année – Feuilles de thé (divination)
Un livre qui se passe en Angleterre

Voyages labyrinthiques

9782745995025Embarquez pour un voyage sur les traces des animaux migrateurs ! Des ours blancs aux éléphants du Mali, le lecteur accompagne les animaux dans leurs extraordinaires migrations à travers un dédale de labyrinthes colorés (quatrième de couverture).

Les Animaux Globe-trotteurs est un album-documentaire (à partir de 6 ans) aussi esthétique que ludique ! Un grand volume pour de grandes images qui se déploient sur les doubles pages. Le graphisme, original et audacieux, attire l’œil et donne immédiatement l’envie de parcourir l’ouvrage.

Mais ce n’est pas tout ! L’album, qui propose une découverte des migrations, est aussi un livre-jeu. L’enfant y est invité à suivre sur chaque double page, du bout du doigt, un chemin labyrinthique – avec embûches et autres culs-de sac – qui singe et permet d’appréhender l’itinéraire et les difficultés rencontrées par les animaux. Autant d’espèces (crabes, colibris, ours, saumons et gnous…) que de migrations et de contrées à parcourir (de l’Arctique à l’Antarctique, en passant par le Mexique, l’Afrique ou la Californie). On explore paysages, végétations, climats, rendus aisément différenciables et compréhensibles par les illustrations légendées savamment travaillées et les choix de couleurs qui font sens en plus d’être merveilleusement harmonieux. C’est beau, amusant, facétieux, documenté et intelligent ! En bref, c’est la touche et l’univers de Mélissa Castrillon que je vous encourage à découvrir !

Mélissa Castrillon, Les Animaux globe-trotteurs, Milan, 2018, ♥♥♥♥♥

Ces livres dont je ne parlerai (presque) pas #8

Dernier billet récapitulatif pour une longue période, je l’espère ! Maintenant que mon tout nouveau petit coin bureau est installé, j’ai les conditions idéales pour bloguer et normalement le temps pour le faire ! Encore quelques belles découvertes à partager avec vous, mais aussi une petite déception. Quoi qu’il en soit, je remercie sincèrement les éditions Belfond, Bragelonne et Préludes ainsi que Netgalley et Babelio pour leur confiance.

Daylinvitation_250Ben fête ses quarante ans et la somptueuse soirée d’anniversaire qu’il a organisée avec son épouse vire au drame. Serena est dans le coma. Martin, son meilleur ami, entendu par la police et Lucy, l’épouse de ce dernier, internée dans un hôpital psychiatrique.
Le récit remonte aux origines de l’amitié qui lie Martin et Ben pour expliquer ce qui a lentement mené à cette violente conclusion. Amitiés amoureuses et attachements factices, secrets et loyauté, fascination et abnégation, pouvoir et envie, arrogance et froideur : autant de thèmes passionnants, mais traités avec un cynisme tellement clinique que je me suis lassée.

Elizabeth Day, L’Invitation, Belfond, 2018, ♥♥

Greensecondedetrop_250Lisa perd en quelques secondes la trace de sa fille de quatre ans à l’occasion d’une partie de cache-cache. Si le thème de la disparition d’enfant n’est pas original, son traitement rend ce page-turner très efficace et captivant. Trois voix qui alternent dans un récit dynamique, un ravisseur qui se dévoile dès les premières pages et des psychologies complexes qui se dessinent tout au long d’une intrigue très bien pensée. D’un côté, la famille de la petite fille qui – une fois n’est pas coutume – fait front, plutôt que de se déchirer. De l’autre, une femme psycho-rigide, solitaire et meurtrie par la mort tragique de son seul fils. Et un lien inattendu qui se tisse progressivement entre eux…

Linda Green, Une Seconde de trop, Préludes, 2018,♥♥♥♥♥

Huntersousnosyeux_250

Autre enfant, autre disparition, autre variation sur le même thème. Et cette fois-ci, je suis moins convaincue… Pourtant, l’idée d’incriminer les parents dès le début de l’histoire et de dérouler leurs personnalités troubles et forcément coupables est plutôt bien trouvée. Pour autant, il y a trop d’invraisemblances et de rebondissements artificiels pour que le lecteur accroche. Le dénouement – un twist improbable à la limite de la mièvrerie – suffirait à le prouver. Pour autant, le thriller reste divertissant et vaudra notamment pour son analyse des incidences que peuvent avoir les réseaux sociaux sur le déroulement d’une enquête et la perception d’un crime.

Cara Hunter, Sous nos yeux, Bragelonne, 2018, ♥♥♥