A consommer

Quand Zéphyrelle se voit confier sa première mission d’espionnage, et par le dynarque de Slarance en personne, elle ne sait si elle doit se réjouir. Car derrière cet insigne honneur se profile une inquiétante réalité : tous les autres agents, dont les plus chevronnés, se sont fait tuer en suivant la piste de l’odieux trafic de blé qui empoisonne la cité. Qui ? Comment ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles la jeune femme doit trouver des réponses, en essayant, si possible, de rester en vie. Ce que la présence persistante d’un jeune cuistot empoté et transi d’amour rend encore plus délicat…



Fans de Lanfeust et autres Trolls de Troy, ne passez surtout pas votre chemin ! Vous trouverez dans ce roman tout ce qui fait le talent d’Arleston : des personnages atypiques (une espionne caméléon et un cuisinier pathétiquement amoureux) sympathiques et attachants dans un monde d’une grande « fantasy ». Le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour. L’imagination fertile de l’auteur fait oublier les quelques faiblesses de l’intrigue et on passe un très bon moment.

Des choses que je ne sais pas

Saviez-vous que Marguerite Duras a écrit un (seul) livre pour les enfants ? Un album méconnu et qui fut, il faut bien l’avouer, un véritable échec commercial au moment de sa première édition. Pourtant, plus de 40 ans plus tard, ce texte qui permet de retrouver la plume épurée de Duras, paraît d’une étrange actualité. Parce que ce texte – atypique et drôle – interroge avec finesse sur la relation de l’enfant à l’absurde, à la connaissance, à l’apprentissage, à l’enseignement et sur son droit de ne pas vouloir savoir, de dire « non » (avec la tête et avec le cœur !) au professeur.



On appréciera également les illustrations contemporaines de Katy Couprie, inspirées des manuels d’autrefois et qui rappellent feues les leçons de chose. Là encore, un savant mélange de désuétude (papillons épinglés, batraciens disséqués, fleurs d’herbier…) et de modernité (un vrai bazar bigarré qui n’est pas sans rappeler le street art) pour un résultat qui n’illustre pas le récit, mais singe subtilement la découverte avide, complexe, morcelée de l’enfant (et de l’adulte !). Captivant !

Et pour achever de vous convaincre de découvrir cet album un peu mal aimé, on vous invite à écouter le podcast diffusé sur Radio Agora-Nanterre. Dans l’émission « Minute papillon », l’invité Thierry Magnier, éditeur (de cet album notamment) et Annabelle Sergent, comédienne, vous proposent une lecture (en)jouée de l’album, complétée d’une belle réflexion sur la création littéraire et artistique destinée (ou pas) aux enfants. A savourer !

Le grenier du blog #2

Un rendez-vous que je compte renouveler à l’occasion et qui consistera à extraire de mes archives quelques billets d’il y a une dizaine d’années. Des tags, des chroniques, des bribes remontant à mes débuts dans la blogosphère et dont je ne changerai pas un mot. Un brin de nostalgie et des bons souvenirs à la pelle…


Le 8 février 2008, je me laissais porter par la virtuosité d’Erik Orsenna et je participais au challenge ABC !


Jeanne et son frère s’embarquent une nouvelle fois à bord du paquebot qui doit leur faire traverser l’Atlantique : leurs parents, séparés, vivent chacun à l’autre bout de l’océan. Cette fois-ci une tempête éclate et les deux enfants sont les seuls rescapés du naufrage qui en résulte. Échoués sur une île paradisiaque, ils sont sains et saufs.. ou presque… Jeanne et Thomas sont muets. Toutefois, leur hôte, Monsieur Henri, a tôt fait de les rassurer : les deux enfant ont un mois pour découvrir l’île à ses côtés et se réapproprier le langage qu’ils ont perdu… voire en apprendre davantage…

Je suis encore sous le charme de ce récit aux allures de fable, inventif, poétique et souvent touchant. Ce roman illustré, qui est un hymne à la langue française et au pouvoir des mots, une invitation à la poésie, à l’apprentissage et à la création, est aussi une pique lancée en direction des grammairiens et de leur jargon. De cette lecture sympathique et inattendue, ressort en effet l’idée essentielle que l’on peut non seulement aborder et apprendre SIMPLEMENT la grammaire, mais aussi apprécier et apprivoiser les mots, à condition de les respecter.

À noter que le roman est aussi un hommage au chanteur Henri Salvador à qui le personnage de Monsieur Henri emprunte ses traits, la douceur de ses chansons et la poésie de ses mots.

Lettre O du Challenge ABC 2008.

Amours interdites

Elle vient d’emménager avec son homme. Dans un grand loft blanc qu’ils ont retapé. Elle doit se marier au mois de juin. La date est bloquée sur le calendrier de l’entrée.
Il va emménager avec sa femme et sa petite fille au deuxième étage du bâtiment B. Les travaux sont presque terminés.
Ils se croisent pour la première fois un dimanche de novembre, sous le porche de l’entrée. Elle le voit entrer, il est à contre-jour. Elle sent son corps se vider. Il la regarde. Il a du mal à parler.
Plus tard, ils se diront que c’est à ce moment-là que tout a commencé. Ils se diront qu’il était vain de lutter.
Il y a des histoires contre lesquelles on ne lutte pas.

Une histoire d’amour interdit comme il y en a tant. Elle va se marier. Il est père de famille. Et pourtant, ils s’aiment en catimini. Se quittent pour mieux se retrouver. Une attirance inéluctable, jusqu’au point de non retour.
Si la plume de Géraldine Dalban-Moreynas n’avait pas eu ce petit quelque chose d’addictif, j’aurais probablement abandonné ma lecture en cours de route. Tout simplement parce que le sujet, mainte fois traité, ne m’intéresse pas. Je ne doute pas, toutefois, que ce roman de la rentrée littéraire trouvera son lectorat. Il n’est juste pas fait pour moi.

Lecture en partenariat

Folles années

1925. Dinard, sa vie balnéaire, ses casinos, sa végétation luxuriante et ses régates… Un cadre enchanteur et cosmopolite qu’affectionne Alice, qui, en quête de beauté et de modernité, décide de créer sa marque de papiers peints. Au cœur des Années folles, Alice ne doit-elle pas croire en sa bonne étoile ? Stimulée par diverses rencontres artistiques, de durables amitiés et de tumultueuses amours, elle forgera son destin dans un monde où se profileront bientôt des menaces. Dominant la mer, la villa Margarita sera son plus sûr refuge en cas de fortes tempêtes.
A travers les engagements et les choix d’Alice se révèlent le charme, la notoriété et les fastes de Dinard, perle de la côte d’Emeraude…


Elle avait été trop longtemps naïve en pensant que les sentiments avaient une part d'immuabilité. Rien n'était écrit dans une relation. A l'impondérable s'ajoutaient les tracas de toutes sortes qui créaient les malentendus, égaraient, détruisaient. Le contentement des uns faisait souvent le malheur des autres.

Lire Quai de la Perle, c’est la promesse…

… de s’abreuver des fastes d’une époque révolue, celle des années folles. D’arpenter avec délices – robe du soir et coupe de champagne à la main – casinos, salles de jeux, bals et autres hôtels de luxe avant que le krach de 1929 et la Deuxième Guerre Mondiale ne viennent, au grand regret du lecteur emporté, y mettre un terme tragique.

… de s’attacher au personnage d’Alice, persévérante femme de tête et de talent, en quête d’émancipation familiale, professionnelle et amoureuse.

… d’aimer avec passion, en toute liberté, sans concession ou presque.

… de découvrir, en compagnie de cette talentueuse dessinatrice, les arcanes de la création du papier peint. Et, avec elle, de chercher l’inspiration, d’évoluer dans les ateliers de fabrication, de s’affirmer face aux mâles décideurs.

… de s’évader le long des côtes de la belle Dinard, station balnéaire réputée pour ses superbes plages, d’écouter le bruit des vagues, d’en sentir les embruns, de s’y baigner avec bonheur, avant de prendre le thé en bonne compagnie dans le magnifique jardin d’une villa Margarita enchanteresse.

Merci aux éditions Presses de la Cité pour l’envoi spontané (et dédicacé !) de ce roman riche, documenté, à la narration soignée. 

Lecture en partenariat

Oyez, oyez damoiselles…

Depuis deux saisons déjà, le vieux Hibou lui avait ouvert les portes de son officine et l’avait laissée feuilleter les pages de ses livres. Elle s’y était plongée avec délice, elle avait tout dévoré. Quelques mois et tout avait changé ; la jeune fille savait désormais que le monde ne se réduisait pas à une bobine de fil et à une aiguille.
Au cœur du Moyen Âge, deux sœurs se bâtissent un destin singulier. Bravant les conventions, l’une découvre le véritable amour tandis que l’autre s’adonne en secret à sa passion pour la médecine. Mais cette quête d’émancipation n’est pas sans danger à une époque vouant les femmes au silence. Une magnifique saga, qui renouvelle le genre du roman historique (quatrième de couverture).



Promesse d’un discours féministe sur toile de fond médiévale, l’apothicairerie en prime : Le Sang des Mirabelles avait d’emblée tout pour me plaire ! Ma lecture achevée, je confirme le coup de cœur et recommande vivement ce roman d’une grande richesse, de contenu comme de forme.
On appréciera en premier lieu l’histoire paradoxalement moderne d’Éléonore et d’Adélaïde, deux sœurs qui bravent les interdits d’une époque archaïque pour être résolument elles-mêmes : respectivement femme amoureuse et femme savante.
On plongera avec délices – tous les sens en éveil – dans l’atmosphère merveilleusement retranscrite d’un moyen-âge hétérogène, à la fois poétique, gourmand, sensuel, mais aussi cru, brutal, graveleux.
On savourera enfin les multiples facettes de cette fresque pittoresque, érudite et travaillée avec soin, jusque dans son écriture qui emprunte au vieux français certains mots et tournures pour une immersion encore plus réussie.

Lecture en partenariat

Robinson de jardin

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de son compagnon s’effondre. Pour maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il a passionnément aimée, Martin, qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était terra incognita, se met à dévorer des romans et à bichonner les fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché et qui lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue (quatrième de couverture).

Dans la vie de Gabrielle, il y avait Martin, ses parents, ses élèves, sa bibliothèque, son jardin et ses amis des deux genres. Dans celle de Martin, il y avait Gabrielle.

Martin sombre dans une douce folie, peuplée de fleurs et de lectures, alors qu’il pense cultiver ainsi le souvenir de l’être disparu qu’il aimait plus que tout. Un érémitisme esthétique fatalement destructeur, décrit avec subtilité et poésie, même si l’on peut regretter la tendance de l’auteur à verser dans le morceau de bravoure. Le lecteur y perd progressivement patience, noyé dans les circonvolutions et finalement perplexe face au naufrage prévisible et emphatique.
Reste la conclusion de l’ouvrage, joliment porteuse d’espoir et de renouveau, mais qui n’a pas suffit à me faire oublier certaines longueurs.

Stéphane Jougla, Gabrielle ou le jardin retrouvé, J’ai lu, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat

Mon autre

Pour Alice, l’occasion fait le larron et c’est sans scrupule aucun qu’elle usurpe l’identité de sa sœur jumelle, décédée accidentellement sous ses yeux. Son but : profiter de la vie oisive et privilégiée qui était celle de Célia. Néanmoins, aux prises avec l’époux de cette dernière – archétype du pervers narcissique – et d’une belle-mère des plus caricaturales, elle a tôt fait de déchanter. Alors que le Pays des Merveilles convoité se délite, Alice prise dans un engrenage qui la dépasse, ne sait pas comment retraverser le miroir…

Je suis toi, tu es moi.

Un page-turner efficace qui, sans être inoubliable, laissera une impression plutôt favorable au lecteur, notamment de thrillers domestiques.
Si les ficelles sont un peu grosses, les astuces d’écriture (Alice miroir de Célia) et autres références littéraires (Lewis Carroll) liées à la gémellité faciles – pour ne pas dire éculées -, on se prend néanmoins au jeu pervers du personnage principal. Avant de se délecter du retournement de situation qui fait passer Alice de bourreau à victime… jusqu’à une issue inattendue et tout aussi retorse.

Edmonde Permingeat, Sans mon ombre, éditions L’Archipel, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat

Pour le pire…

Amandine attend avec impatience son enterrement de vie de jeune fille, qui s’annonce sous les meilleurs auspices : une organisation au cordeau grâce à Justine, gérante d’une agence d’événementiel et témoin de la mariée ; un décor idéal, les calanques de Cassis ; quatre demoiselles d’honneur triées sur le volet dont Charlotte, la meilleure amie d’Amandine, enceinte jusqu’aux yeux. Pourtant, la future mariée va vite déchanter. L’EVJF tant attendu vire au cauchemar : entre coups bas et règlements de comptes, mensonges et jalousies, les masques tombent et Amandine vacille. Mais n’est-ce pas dans l’adversité qu’on reconnaît les siens ? (quatrième de couverture).

– T’es une vraie garce, tu sais. Et toi une sainte, c’est clair.

EVJF est un roman à classer en chick lit et, en tant que tel, force est de constater qu’il tient toutes ses promesses. Léger, divertissant, amusant et lu en quelques heures, conséquence d’une écriture fluide où les dialogues prédominent. Les lectrices avides d’histoires de filles, sur fond de mariage, et autres (petites) cruautés entre copines se délecteront donc. Les autres passeront leur tour, découragées par le manque d’originalité et la superficialité du propos…

Liz Blackrock, EVJF, J’ai lu, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat avec les éditions J’ai lu.

Adieu Kid Atlaas

Devoir à présent vieillir avec cette absence, avec cette éternelle jeunesse éternellement arrachée. C’est le travail qui reste à accomplir.

«Après coup, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur les jours d’avant, comme pour prendre la mesure de son aveuglement d’alors. On se regarde ne pas savoir, on se regarde vivre alors que cela n’est pas encore arrivé, on s’étonne de ce fragile bonheur. Et ce sont tous les moments de la vie, toutes les joies et les souvenirs du passé que vient rétrospectivement infecter de son venin le jour où l’on a su. Ta photographie d’enfant joyeux est celle, à jamais, d’un enfant qui va bientôt mourir.»
Gabriel, dit «Gazou», était l’un des fils de Pierre Jourde. Il est mort à vingt ans de son combat perdu contre la maladie. Sa figure radieuse et pleine de joie hante le récit de la dernière année de sa vie. Un texte poignant sur le deuil et l’amour paternel.

Winter is coming. L’hommage bouleversant que Pierre Jourde rend à son fils Gabriel, emporté par un cancer foudroyant, alors qu’il n’avait pas 20 ans. Une prose sobre, acérée, honnête – à l’image de l’auteur – qui tente malgré tout de mettre des mots sur l’indicible. Et aussi la souffrance, les espoirs perdus, l’incompréhension, l’injustice, les regrets, la peur, le deuil, le manque… Un cri de rage, un cri d’impuissance, un cri d’amour incommensurable. 
Merci aux éditions Folio pour leurs fidèles envois et celui-ci tout particulièrement.

Pierre Jourde, Winter is coming, Folio, 2018, ♥♥♥♥♥

Winter is coming, qui donne son titre au roman, fait référence à l’un des titres qu’avait composés Gabriel Jourde.

Bouc émissaire

Alors, à quoi bon courir après une balle pour l’attraper, faire un puzzle, découper des cartons et les colorier pour fabriquer des masques quand la vraie vie attend, tapie dans l’ombre, de pouvoir briser votre cœur ?

Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.
Inexorables, les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable, le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants (quatrième de couverture).

C’est avec un brin de perplexité que j’ai refermé le dernier roman de Claire Favan et n’eussent été la maison – Robert Laffont : La Bête Noire – qui a édité son ouvrage, le titre et la charte graphique, j’aurais pensé qu’il avait été rangé par erreur dans le rayon polar/thriller de la médiathèque. En bref, c’est bien trop prévisible et ronronnant pour un auteur qui nous a habitués à un style percutant, une analyse distanciée et souvent glaçante, à des thrillers psychologiques complexes, fouillés, captivants et dérangeants. J’ai attendu, tout au long de ma lecture, que l’ouvrage démarre, rebondisse, pénètre les chemins sinueux de l’esprit des protagonistes. Pourtant, la figure du bouc émissaire, qui est le fil conducteur du récit, aurait mérité un meilleur (pire ?) traitement. Un ouvrage qui a néanmoins le mérite d’étudier un sujet de société sérieux et qui conviendra (mieux) à un lectorat enclin à des thrillers moins éprouvants, plus éthérés

Claire Favan, Inexorable, Robert Laffont, 2018, ♥♥♥

Vengeance arachnéenne

[…] avec le commissaire à sa tête, la brigade tenait plus d’un large navire à voiles, parfois cinglant vent arrière ou bien rodant sur place, voilure affalée, que d’un puissant hors-bord dégageant des torrents d’écume.

« – Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ?» (quatrième de couverture)

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Il n’est jamais trop tard pour faire d’exaltantes découvertes. Voilà des années que l’on me parle de Fred Vargas et que l’on m’en dit beaucoup de bien, des années que je repousse la lecture – pour une sombre raison de série dans laquelle que je ne veux pas me lancer et surtout ne pas lire dans le désordre – et des années que je remets l’occasion d’un coup de cœur. Et pas n’importe quel coup de cœur : celui du type, je mettrais dix cœurs à la suite en guise de notation que cela ne suffirait toujours pas.
Je remercie très chaleureusement les éditions J’ai lu sans qui ma rencontre (dans le désordre) avec Vargas, et plus précisément le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, n’aurait pas eu lieu.
Oui, je suis, en vérité, tombée sous le charme de ce personnage qui n’a pas été sans me rappeler Erlendur, un autre flic dont j’aime particulièrement le tempérament ombrageux de brillant inadapté.
Autre source de satisfaction : la plume de Vargas. Quand sort la recluse, est un vrai polar littéraire, pour ne pas dire poétique, divinement bien écrit, riche de références culturelles, de jeux de mots, de réflexions subtiles et cyniques, de métaphores ciselées. Un vrai morceau de bravoure, la prétention en moins !
Quant à l’histoire, elle a su combler la zoologue que j’aurais aimé être, en entraînant le lecteur dans les sombres repaires d’une araignée vengeresse. Original, documenté, surprenant. Et me voilà embarquée dans une nouvelle série !

Fred Vargas, Quand sort la recluse, J’ai lu, 2018, ♥♥♥♥♥

We’re all mad here

Tout ça ferait une très bonne intrigue pour un roman policier ou un thriller. C’est bien beau sur le papier, mais tu n’as pas le plus petit éléments de preuve. Juste des suspicions des doutes, des supputations.
Encore une fois, aucun juge ne te suivra.

Brillante étudiante à l’Université du Wisconsin à Madison, Jane souffre de « fugues temporelles » depuis ses 11 ans, année où elle a été enlevée, dans des circonstances mystérieuses qui n’ont jamais été élucidées. En vacances dans le chalet familial au bord du lac Mendota, la jeune fille est seule avec son beau-père Richard, sa mère ayant dû se rendre en urgence à Chicago pour son travail. En pleine nuit, elle se réveille les mains ensanglantées, un couteau à ses pieds. Elle n’est plus dans sa chambre mais dans celle de ses parents. Richard gît à ses côtés, égorgé… Arrêtée, Jane est déférée devant la Cour criminelle. Elle le sait, elle a tout de la coupable idéale. Pour le procureur du comté et la police de Madison, l’affaire est claire : Jane a commis ce crime odieux dans une crise de folie. Ce n’est pourtant pas l’avis de Joseph Sleuth, l’agent local du FBI, qui penche plutôt pour un assassinat politique maquillé en crime de famille. Écologiste militant, Richard, en campagne électorale pour le poste de sénateur, avait en effet de nombreux ennemis à la Bourse des valeurs agricoles de Chicago, lobby puissant et influent, où le père de Jane est courtier… Libérée sous caution et placée en observation dans un hôpital psychiatrique sur décision du juge, Jane est prise en charge par un spécialiste de l’hypnose. Au fil des séances qui la replongent dans son passé, elle retrouve la mémoire. L’étau se resserre… (quatrième de couverture).

Le roman de James Barnaby réunit nombre des ingrédients qui font un bon thriller : personnages à la psychologie trouble, policier torturé au sombre passé personnel, thématiques captivantes (organisations sectaires, secrets de famille, maladie mentale, hypnose…), rythme haletant et rebondissements bien menés. Ceci étant dit, le roman a surtout un petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. L’idée géniale (et inédite ?) de l’auteur d’inscrire la pathologie de Jane et a posteriori toute l’intrigue dans le sillage des films de Walt Disney. Des histoires pour enfants bien moins inoffensives qu’on ne le pense, puisqu’elles sont, dans ce roman, un véritable outil de manipulation mentale.
Délicieusement terrifiant, malgré quelques coïncidences un peu grosses et une fin de récit banale et quelque peu malvenue.

James Barnaby, À Fleur de peau, Editions de Borée (Marge noire), 2018, ♥♥♥♥

Retour à la Marette

Je fais partie de cette génération qui, adolescente, a découvert l’Esprit de famille et les sœurs Moreau en piochant dans la bibliothèque maternelle. Je me souviens avoir été intriguée par le titre d’un des volumes qui associait sur la tranche « la poison » à une certaine « Cécile ». Un qualificatif alors tombé en désuétude, dont je ne comprenais pas vraiment le sens. La quatrième de couverture m’a renseignée et m’a surtout donné l’envie de découvrir l’histoire de cette famille unie, racontée au travers du regard de la douce et timide Pauline puis de l’espiègle Cécile. Une fois remis dans l’ordre, j’ai littéralement dévoré les six volumes à la suite, avant de me précipiter sur la série en DVD (ah ce générique !). Un coup de cœur jamais démenti au fil de mes relectures. A chacune d’elles, je me rapprochais en âge d’une autre des sœurs… avant de les dépasser toutes (amplement) ! 

 

Lorsque j’ai découvert le projet de réécriture de Janine Boissard sur Netgalley, je n’ai pas hésité un instant et j’ai croisé les doigts pour que les éditions Fayard m’accordent ce plaisir. Lecture validée le lendemain, livre terminé dans la foulée. C’est le seul reproche que je ferai d’ailleurs à ce roman :  il est bien trop court !
cover149098-mediumAvec les Quatre Filles du Docteur Moreau, Janine Boissard transpose (une partie de) son Esprit de famille dans notre époque. Si les préoccupations de Bernadette, Claire, Pauline et Cécile se veulent celles de jeunes femmes et adolescente actuelles (anorexie, portable, écologie et autre chanson de Louane le prouvent), l’auteur rate le coche de peu. Les quelques références qui émaillent le texte ne suffisent pas à ancrer le récit dans notre quotidien : les comportements, réactions, façons de s’exprimer des filles ou la rigidité compassée du Docteur paraissent surannés.
Peu importe. On ne boude pas son plaisir d’ouvrir une nouvelle fois les portes de la Marette, de partager les premières amours, les déceptions et les joies de ces quatre filles fraîches et spontanées, de se blottir dans ce cocon aimant et chaleureux. Et l’on en conclut, non sans nostalgie, que Janine Boissard – celle des années 80 ou 2018 – a tout compris : le bonheur est dans le vie de famille.

Janine Boissard, Les Quatre Filles du docteur Moreau, Fayard, 2018, ♥♥♥♥