Notice #4

Composition

Jardine Libaire relève le défi de s’emparer d’un thème des plus ordinaires en littérature – un amour contrarié par les barrières sociales et triomphant (ou presque) – et d’en proposer une déclinaison moderne, au fil d’une plume imaginative, dure, sensuelle, crue. De celles qui traduisent les passions endiablées, les attachements torturés, mais aussi le respect de l’autre dans sa différence.

Indications

  • Une passion endiablée, moderne, sensuelle, vraie
  • Une réflexion subtile sur le monde des conventions, les barrières sociales, familiales, affectives…
  • Personnages dotés d’une réelle profondeur psychologique
  • Une histoire d’amour qui ne tombe pas dans l’écueil du romantisme mièvre ou de l’érotisme banal
  • Un style travaillé, un texte qu’on lâche difficilement

Contre-indications

  • Cru, parfois sulfureux (sans vulgarité)

Bilan

Pour (re)trouver foi en l’amour vrai, pour dépasser les conventions et autres préjugés.

Excipients

#amour #passion #sexe #société #culture #drogue #banlieue #famille #ville #préjugés #maladie mentale #mort #vie

Autres prescriptions

CarolivreBribes … et vous ?

Imposture

Quoi de plus paisible que la Maison Borj, cette boulangerie d’une petite ville de province belge à la fin des années 1950 ? Un ménage sans histoire, deux adolescents charmants, un commerce florissant : les Borj ont tout pour être heureux. Avec générosité, ils acceptent de prendre Josée, une orpheline de guerre, en apprentissage. Josée est une drôle de fille. Épileptique, pratiquement illettrée, la jeune fille a cependant un don émouvant pour le chant qui, après une messe de minuit retransmise à la radio, lui vaut une invitation au palais royal. Attisée par les rumeurs et la réprobation venues de l’extérieur, cette invitation va faire exploser l’harmonie des Borj, tiraillés entre le démon de midi du père, les ressentiments de la mère, la jalousie de la fille. Josée devient l’élément catalyseur de leur ruine. Bien malgré elle, comme dans une cure psychanalytique, elle fait resurgir les secrets enfouis, plongeant la famille dans une agitation à laquelle ses crises d’épilepsie font écho. En quelques semaines, la maison Borj va s’effondrer comme un château de cartes, son bonheur apparent, bâti sur des fondements bien fragiles, voler en éclat. Car si, chacun à leur manière, les personnages sont d’abord mus par de bonnes intentions, ils sont rattrapés par leur égoïsme et leur lâcheté. Et, comme souvent, ce sont les innocents qui en font les frais (quatrième de couverture).



Belgique, fin des années 1950. Lorsque les Borj accueillent avec générosité au sein de leur boulangerie une jeune apprentie, ils sont loin de se douter que Josée, orpheline de guerre et tellement insignifiante à leurs yeux, mènera inexorablement la famille à sa perte.
Armel Job déjoue, d’une plume patiente et tenace, l’imposture qui se cache souvent derrière les prétendus bons sentiments. Une séduisante leçon de clairvoyance.

Lecture en partenariat

Sanguine

Alison Wood est avocate pénaliste. À mesure que sa carrière décolle, sa vie familiale se dégrade : elle passe ses journées à plaider et ses soirées dans les bars pour décompresser. Patrick, un collègue avec qui elle entretient une liaison toxique, souffle le chaud et le froid et l’humilie tout autant qu’il se sert d’elle. Pourtant, Alison n’arrive pas à décrocher.
Quand Patrick lui confie sa première affaire de meurtre, elle se plonge dans l’histoire de sa cliente, Madeleine, qui a poignardé son conjoint d’une quinzaine de coups de couteau. Au fil de leurs entretiens, Madeleine se livre : son mari diluait la pilule contraceptive dans son thé, examinait toutes ses dépenses, prenait toutes les décisions…
Petit à petit, leurs deux vies se font écho. Qui contrôle qui ? Et si, avant de défendre les autres, Alison commençait par se défendre elle-même (quatrième de couverture) ?



Probablement le meilleur des thrillers qu’il m’ait été donné de lire ces derniers mois. Alison Wood, avocate, entretient une liaison tumultueuse et humiliante avec son collègue et hiérarchique. Une addiction mêlée d’une culpabilité délirante qui aveuglent la jeune femme au point de l’empêcher d’identifier la cause véritable du délitement de sa vie familiale.
N’est pas toujours fautif celui qu’on croit. Retors et sulfureux, un thriller qui aborde avec un cynisme jubilatoire le pouvoir destructeur du pervers narcissique.

Oyez, oyez damoiselles…

Depuis deux saisons déjà, le vieux Hibou lui avait ouvert les portes de son officine et l’avait laissée feuilleter les pages de ses livres. Elle s’y était plongée avec délice, elle avait tout dévoré. Quelques mois et tout avait changé ; la jeune fille savait désormais que le monde ne se réduisait pas à une bobine de fil et à une aiguille.
Au cœur du Moyen Âge, deux sœurs se bâtissent un destin singulier. Bravant les conventions, l’une découvre le véritable amour tandis que l’autre s’adonne en secret à sa passion pour la médecine. Mais cette quête d’émancipation n’est pas sans danger à une époque vouant les femmes au silence. Une magnifique saga, qui renouvelle le genre du roman historique (quatrième de couverture).



Promesse d’un discours féministe sur toile de fond médiévale, l’apothicairerie en prime : Le Sang des Mirabelles avait d’emblée tout pour me plaire ! Ma lecture achevée, je confirme le coup de cœur et recommande vivement ce roman d’une grande richesse, de contenu comme de forme.
On appréciera en premier lieu l’histoire paradoxalement moderne d’Éléonore et d’Adélaïde, deux sœurs qui bravent les interdits d’une époque archaïque pour être résolument elles-mêmes : respectivement femme amoureuse et femme savante.
On plongera avec délices – tous les sens en éveil – dans l’atmosphère merveilleusement retranscrite d’un moyen-âge hétérogène, à la fois poétique, gourmand, sensuel, mais aussi cru, brutal, graveleux.
On savourera enfin les multiples facettes de cette fresque pittoresque, érudite et travaillée avec soin, jusque dans son écriture qui emprunte au vieux français certains mots et tournures pour une immersion encore plus réussie.

Lecture en partenariat

Adieu Kid Atlaas

Devoir à présent vieillir avec cette absence, avec cette éternelle jeunesse éternellement arrachée. C’est le travail qui reste à accomplir.

«Après coup, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur les jours d’avant, comme pour prendre la mesure de son aveuglement d’alors. On se regarde ne pas savoir, on se regarde vivre alors que cela n’est pas encore arrivé, on s’étonne de ce fragile bonheur. Et ce sont tous les moments de la vie, toutes les joies et les souvenirs du passé que vient rétrospectivement infecter de son venin le jour où l’on a su. Ta photographie d’enfant joyeux est celle, à jamais, d’un enfant qui va bientôt mourir.»
Gabriel, dit «Gazou», était l’un des fils de Pierre Jourde. Il est mort à vingt ans de son combat perdu contre la maladie. Sa figure radieuse et pleine de joie hante le récit de la dernière année de sa vie. Un texte poignant sur le deuil et l’amour paternel.

Winter is coming. L’hommage bouleversant que Pierre Jourde rend à son fils Gabriel, emporté par un cancer foudroyant, alors qu’il n’avait pas 20 ans. Une prose sobre, acérée, honnête – à l’image de l’auteur – qui tente malgré tout de mettre des mots sur l’indicible. Et aussi la souffrance, les espoirs perdus, l’incompréhension, l’injustice, les regrets, la peur, le deuil, le manque… Un cri de rage, un cri d’impuissance, un cri d’amour incommensurable. 
Merci aux éditions Folio pour leurs fidèles envois et celui-ci tout particulièrement.

Pierre Jourde, Winter is coming, Folio, 2018, ♥♥♥♥♥

Winter is coming, qui donne son titre au roman, fait référence à l’un des titres qu’avait composés Gabriel Jourde.

Vengeance arachnéenne

[…] avec le commissaire à sa tête, la brigade tenait plus d’un large navire à voiles, parfois cinglant vent arrière ou bien rodant sur place, voilure affalée, que d’un puissant hors-bord dégageant des torrents d’écume.

« – Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ?» (quatrième de couverture)

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Il n’est jamais trop tard pour faire d’exaltantes découvertes. Voilà des années que l’on me parle de Fred Vargas et que l’on m’en dit beaucoup de bien, des années que je repousse la lecture – pour une sombre raison de série dans laquelle que je ne veux pas me lancer et surtout ne pas lire dans le désordre – et des années que je remets l’occasion d’un coup de cœur. Et pas n’importe quel coup de cœur : celui du type, je mettrais dix cœurs à la suite en guise de notation que cela ne suffirait toujours pas.
Je remercie très chaleureusement les éditions J’ai lu sans qui ma rencontre (dans le désordre) avec Vargas, et plus précisément le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, n’aurait pas eu lieu.
Oui, je suis, en vérité, tombée sous le charme de ce personnage qui n’a pas été sans me rappeler Erlendur, un autre flic dont j’aime particulièrement le tempérament ombrageux de brillant inadapté.
Autre source de satisfaction : la plume de Vargas. Quand sort la recluse, est un vrai polar littéraire, pour ne pas dire poétique, divinement bien écrit, riche de références culturelles, de jeux de mots, de réflexions subtiles et cyniques, de métaphores ciselées. Un vrai morceau de bravoure, la prétention en moins !
Quant à l’histoire, elle a su combler la zoologue que j’aurais aimé être, en entraînant le lecteur dans les sombres repaires d’une araignée vengeresse. Original, documenté, surprenant. Et me voilà embarquée dans une nouvelle série !

Fred Vargas, Quand sort la recluse, J’ai lu, 2018, ♥♥♥♥♥

Enflammés

La Fourrure blanche est le récit d’un amour impossible mais vrai, entre un fils de milliardaire et une fille de junkies. Alors que tout les oppose : origine, caste, famille, argent, culture et même leurs propres préjugés, Elise et Jamey s’aiment (différemment) et se le prouvent. Jusque dans la maladie, jusque dans la mort, jusque dans les plus improbables extrémités.



Jardine Libaire relève le défi de s’emparer d’un thème des plus ordinaires en littérature – un amour contrarié par les barrières sociales et triomphant (ou presque) – et d’en proposer une déclinaison moderne, audacieuse et réussie. Un succès que l’on expliquera tout d’abord par la grande richesse psychologique des principaux protagonistes, rendus attachants par leur sincère complexité et leur étrange réalité.
Autre tour de force de l’auteur : dire l’amour, sans entrer dans les travers de la romance ou de l’érotisme à la Christian Grey. Aucune mièvrerie ni complaisance, mais le récit tortueux et franc d’un combat de chaque jour. Contre le conformisme, les bien-pensants et les juges partiaux. Contre le doute qui s’immisce au sein du couple. Contre la peur, la pauvreté, les accidents et la maladie mentale. Des concepts relativement banals, mais là encore déclinés avec originalité et une bonne dose de style, au fil d’une plume imaginative, dure, sensuelle, crue. De celles qui traduisent les passions endiablées, les attachements torturés, mais aussi le respect de l’autre dans sa différence.

Choisir sa lecture pour sa couverture et le teaser de sa maison d’édition peut sembler hasardeux mais je ne regrette absolument pas de l’avoir fait ! Merci vraiment aux éditions Presses de la Cité !

Lecture en partenariat