Internement

Des lettres bouleversantes. Une jeune femme enfermée. Un mystère à résoudre. 
1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires. Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur  des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions  de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais… (quatrième de couverture)



Un thriller historique basé sur des faits réels – honteusement peu lointains – qui a tout du page-turner. Deux récits qui alternent puis s’entremêlent pour n’en faire qu’un, une intrigue bien menée, des rebondissements et autres révélations à point nommé… Et ce petit quelque chose en plus qui fait la différence : l’attachement quasi immédiat du lecteur aux deux personnages féminins principaux, parce que le propos, sérieux, concerné, documenté ne peut laisser indifférent. Si le roman frôle seulement le coup de cœur pour moi, c’est parce qu’en habituée de ce genre, j’ai trouvé quelques coïncidences un peu faciles. Néanmoins, je recommanderai cet excellent ouvrage sans aucune hésitation et compte bien le faire acquérir à la médiathèque dans laquelle je travaille !

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Décalé

Je prononcerai ce discours à une condition, Ludo, une seule : que tu arrêtes de faire grincer ta fourchette dans ton assiette. Je pourrais tuer pour ça. Il y a des codes, Ludo, sinon c’est le bordel. Sept milliards de névrosés essayant de vivre ensemble, se faisant croire que c’est possible, qu’on ne tue pas pour un grincement de fourchette dans l’assiette, qu’on ne quitte pas son amoureux parce qu’il fait du bruit en buvant son café.

Lors d’un dîner en famille, Adrien, qui vient de se faire plaquer, apprend qu’il doit prendre la parole au mariage de sa sœur. Entre le gratin dauphinois et les tentatives de discours toutes plus absurdes les unes que les autres, il n’espère qu’une chose : que Sonia revienne.



Bien que n’étant pas une grande amatrice de BD, je ne loupe aucune (ou presque) des parutions de l’inénarrable Fabcaro dont j’aime le regard à la fois acerbe et plein d’humour qu’il pose sur l’absurdité de notre société. Quand j’ai appris que l’auteur avait également un roman à son palmarès littéraire, j’ai été à la fois ravie et sceptique : allais-je être convaincue par du Fabcaro version longue ? Son propos ferait-il autant mouche en perdant sa formule lapidaire et dessinée ?
La réponse est un grand oui. J’ai eu le plaisir de retrouver dans ce texte le discours désopilant, satirique et décalé que j’espérais. De même que la franche critique des faux semblants inhérents aux relations de famille ou de couple (que l’on trouve notamment dans le récent et excellent Formica). Ce qui fait alors la différence ? Une petite dose d’émotion (inattendue) en plus. Le personnage d’Adrien n’est pas seulement cocasse et navrant, il est particulièrement touchant dans sa solitude, son anxiété, sa différence. Et, par extension, c’est tout le discours de l’auteur qui gagne en profondeur. Bref, M. Fabcaro, le roman vous va divinement bien (aussi) !

N.B. je découvre ce jour qu’il existe une version audio du livre, narrée par Alain Chabat. Je ne doute pas de l’excellence de cette interprétation que j’écouterais bien à l’occasion…

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Ange gardien

Gina ira en pension. Son père adoré l’a décrété sans donner la moindre explication : « Ne dis au revoir à personne, amie ou connaissance. Tu ne dois pas dire que tu quittes Budapest. Promets-le-moi ! »
Elle doit oublier son ancienne vie et rejoindre, dans la lointaine province, Matula, une institution calviniste très stricte, reconnue pour la qualité de son enseignement.
Enfant gâtée, rétive aux règles, elle est vite mise en quarantaine. Seule solution pour survivre, l’évasion… qui se solde par un échec piteux. Désespérée, l’adolescente finit par confier ses malheurs à Abigaël, la statue qui se dresse au fond du jardin. Car selon l’antique tradition matulienne, Abigaël aiderait tous ceux qui le souhaitent. Et, miracle, l’ange gardien se manifeste !
Une série d’aventures rocambolesques sortent Gina du purgatoire et lui font comprendre la douloureuse décision de son père en même temps que le sens des mots honneur, solidarité et amitié.



Magda Szabo nous livre un roman d’apprentissage d’une grande sensibilité. Comment ne pas être attendrie par le personnage de Gina, son innocence, sa fougue et son caractère bien trempé ? L’intrigue met à l’honneur l’amour filial et paternel et des valeurs aussi importantes que le courage, le patriotisme, le respect, l’amitié et la solidarité. Avec pour toile de fond le rigide pensionnat Matula qui n’en abrite pas moins des êtres profondément humains et aimants. Un texte qui se lit en quelques heures et mérite le détour.

Wish upon a star

Les lumières dangereuses d’Hollywood. 1938. Julie Crawford n’a qu’une idée en tête : devenir scénariste. Aussi quitte-t-elle sa ville natale de l’Indiana pour gagner Hollywood. Sur place, ses illusions se heurtent à la réalité des studios : réalisateurs irascibles, vedettes capricieuses… Par chance, la jeune femme croise la route d’une star : Carole Lombard, dont la liaison avec Clark Gable défraie la chronique.Devenue l’assistante de Carole, Julie est aux premières loges de ce scandale qui pourrait nuire au film à succès que promet d’être Autant en emporte le vent, en cours de tournage.
Prise dans un tourbillon qui la dépasse, Julie réussira-t-elle à prendre son envol, ou verra-t-elle ses espoirs balayés par la prestigieuse usine à rêves ?

Je suis ici pour participer au tournage d’Autant en emporte le vent, un film qui n’existe pas encore, un monstre de désorganisation dont le scénario n’est toujours pas terminé, au point que nombreux sont ceux qui lui attribuent déjà le titre du plus terrible désastre de l’histoire du cinéma mondial.

Un excellent roman d’apprentissage, un brin sentimental, qui vaut aussi et surtout pour sa merveilleuse toile de fond. Entre fiction et réalisme, l’intrigue plonge le lecteur dans le tournage du film culte de la fin des années 30, l’entraîne dans les coulisses de sa fabrication, l’invite à côtoyer les célébrités qui en ont fait un chef-d’oeuvre. Vivien Leight, mutine à souhait, Clark Gable, aussi séduisant et admirable à la vie qu’à la scène, mais aussi Carole Lombard, actrice renommée au destin tragique et compagne de ce dernier. Elle y incarne la femme moderne, épouse au caractère bien trempé, amie idéale et mentor avisé pour la jeune et candide Julie Crawford, projetée dans un monde qui l’attire autant qu’il la dépasse et dans une histoire amoureuse endiablée.
Passionné et passionnant, Si près des étoiles s’avère un hommage d’une belle tournure et d’une bonne qualité, que je recommande vivement aux amoureux de ce film incontournable du cinéma hollywoodien.

Kate Alcott, Si près des étoiles, éditions L’Archipel, 2019, ♥♥♥♥♥
Lecture en partenariat

A la vie, à la mort

Quand les choses se corsaient, il n’y avait plus personne.

Nous avant tout le reste : ce pourrait être la devise de cinq amies d’enfance, réunies pour quelques jours dans la maison de la forte tête du groupe, Anna, qui est gravement malade. L’occasion de se remémorer tout ce qu’elles ont traversé, des premières amours aux séparations, des quatre cents coups de l’adolescence jusqu’aux femmes qu’elles sont devenues – la vie et son cortège de drames et de joies. Le temps a passé mais leur amitié a survécu à tout et est plus vivante que jamais (quatrième de couverture).

Des chapitres particulièrement brefs (c’en est parfois déroutant) et autant de petits récits – souvenirs ou moments présents – qui évoquent les liens indéfectibles d’une bande d’amies depuis toujours. Si elles sont aujourd’hui réunies c’est pour entourer de leur présence et de leurs soins attentifs l’une d’entre elles, en phase terminale d’un cancer. En résulte un tableau spontané et franc de l’amitié avec un grand A, entre fidélité et petites mesquineries, grandes jalousies et discrètes effusions. Sincère, touchant, prenant, féminin, universel, même si le lecteur se sent parfois tenu à distance de cette sororité souvent exclusive, tant elle est absolue.

Victoria Redel, Nous avant tout le reste, J’ai lu, 2019, ♥♥♥♥
Lecture en partenariat avec les éditions J’ai lu.

Naufragées

Le 10 Avril 1912 : le majestueux paquebot Titanic quitte le port de Southampton. Destination : New York. A son bord, May Smith, passagère de 3e classe, son mari et leur bébé. Comme beaucoup d’autres, le couple part tenter sa chance en Amérique. Parmi les voyageurs de 1re classe, Celeste Parkes rentre chez elle en Ohio, le cœur serré. La jeune femme n’a osé avouer à personne la vérité sur l’homme qu’elle a épousé… Mais le naufrage du Titanic va tout changer. Rescapées, May et Celeste vont se retrouver liées à jamais. Après avoir survécu à l’horreur, comment Céleste réussira-t-elle à prendre son destin en main? Quant à May, la décision qu’elle a prise en secret cette nuit-là bouleversera sa vie et celle des générations à venir… (quatrième de couverture).

May ne lui avait livré que des fragments de vérité, pas toute l’histoire. Elle devait garder son affreux secret enfoui en elle pendant le reste de sa vie : c’était le prix à payer pour son crime.

Une belle saga avec pour toile de fond le naufrage du Titanic. C’est le seul bémol de cette lecture : pour moi qui pensais lire un ouvrage sur la vie menée sur le paquebot, il coule dès les premières pages ! Pour autant, je n’ai pas boudé mon plaisir à parcourir ce récit historique qui déroule son secret en une intrigue prenante et donne la part belle à la maternité, aux liens familiaux et à la force du destin. Il me reste donc à remercier sincèrement Lorena de me l’avoir fait découvrir.

Leah Fleming, L’Enfant du Titanic, Belfond (France Loisirs), 2012, ♥♥♥♥

R.I.P

Tu es la seule personne au monde qui prendra soin de toi. Plus vite tu le comprendras, mieux tu te porteras.

À Ridgedale, petite ville aisée du New Jersey, le corps d’un bébé est retrouvé dans les bois voisins de l’université. Malgré toutes les rumeurs et les hypothèses que ne manque pas de susciter le drame, personne ne connaît l’identité de la fillette et encore moins les raisons de sa mort. Molly Anderson, journaliste indépendante récemment arrivée avec son mari et sa fille, est recrutée par le journal local pour couvrir le fait divers. Une affaire, pour la jeune femme, qui réveille un tourment douloureux. En effet, elle a perdu un bébé et ne s’est jamais vraiment remise de cette épreuve… Or, ses investigations vont mettre à jour certains secrets bien enfouis de cette petite communauté aux apparences si convenables (quatrième de couverture)

A l’image d’Amélia, Kimberly McCreight nous propose avec Là où elle repose un thriller résolument moderne et efficace.
Côté style, on y retrouve l’alternance des points de vue (quatre voix féminines), le mélange des supports (des articles de presse en ligne et leurs commentaires, des extraits de journaux intimes…), de nombreux flashbacks, avec pour effet un texte dynamique, intéressant à lire et captivant. Côté intrigue, l’auteur s’est (encore) amélioré : l’histoire et la psychologie des personnages se sont étoffées. Molly n’est pas seulement une femme blessée, c’est une journaliste dont les investigations mènent à la résolution de plusieurs crimes. Le récit, plus dense, plus complexe se ramifie avec intelligence pour aborder des thématiques multiples telles que la maternité, le deuil, l’éducation, l’adolescence, le viol et la trahison. Le tout édifiant un portrait au vitriol de la bourgeoisie américaine, du monde universitaire, de la vie de couple, vérolés par le mensonge et les non-dits.

Kimberly McCreight, Là où elle repose, Cherche-midi, 2016, ♥♥♥♥

Péripéties new-yorkaises

En compagnie de sa mère journaliste, Juliette, 13 ans, voyage aussitôt qu’un congé scolaire se présente. Pour cette première aventure, elle s’envole vers la Grosse Pomme quelques jours avant Pâques. La voilà partie pour une semaine dans la cité de ses rêves! Dès son arrivée, elle est séduite par les 1001 attraits de la ville qui ne dort jamais. Entre deux repas au restaurant, une visite au musée et quelques séances de magasinage intensif, Juliette ne tarde pas à se faire de nouveaux amis avec qui elle vivra évidemment des aventures à couper le souffle ! (quatrième de couverture)

Un bon roman jeunesse pour qui veut découvrir, au travers du regard de Juliette et de sa mère journaliste, les particularités historiques, géographiques, touristiques, culturelles et culinaires de New-York, le frisson d’un enlèvement rocambolesque et le plaisir de nouer de nouvelles amitiés en bonus.
Les descriptions sont parfois un brin encyclopédiques et manquent de fait de naturel, mais on passe un bon moment à arpenter les rues de la Grande Pomme en compagnie de cette adolescente canadienne curieuse et sympathique.
L’ouvrage inaugure une série de romans sur le même principe – Juliette, une ville, une aventure. Je pense que j’en lirai un autre opus avec plaisir si l’occasion se présentait.

Rose-Line Brasset , Juliette à New-York, Kennes, 2018, ♥♥♥♥
Lecture en partenariat : merci à Netgalley / Editions Kennes

We’re all mad here

Tout ça ferait une très bonne intrigue pour un roman policier ou un thriller. C’est bien beau sur le papier, mais tu n’as pas le plus petit éléments de preuve. Juste des suspicions des doutes, des supputations.
Encore une fois, aucun juge ne te suivra.

Brillante étudiante à l’Université du Wisconsin à Madison, Jane souffre de « fugues temporelles » depuis ses 11 ans, année où elle a été enlevée, dans des circonstances mystérieuses qui n’ont jamais été élucidées. En vacances dans le chalet familial au bord du lac Mendota, la jeune fille est seule avec son beau-père Richard, sa mère ayant dû se rendre en urgence à Chicago pour son travail. En pleine nuit, elle se réveille les mains ensanglantées, un couteau à ses pieds. Elle n’est plus dans sa chambre mais dans celle de ses parents. Richard gît à ses côtés, égorgé… Arrêtée, Jane est déférée devant la Cour criminelle. Elle le sait, elle a tout de la coupable idéale. Pour le procureur du comté et la police de Madison, l’affaire est claire : Jane a commis ce crime odieux dans une crise de folie. Ce n’est pourtant pas l’avis de Joseph Sleuth, l’agent local du FBI, qui penche plutôt pour un assassinat politique maquillé en crime de famille. Écologiste militant, Richard, en campagne électorale pour le poste de sénateur, avait en effet de nombreux ennemis à la Bourse des valeurs agricoles de Chicago, lobby puissant et influent, où le père de Jane est courtier… Libérée sous caution et placée en observation dans un hôpital psychiatrique sur décision du juge, Jane est prise en charge par un spécialiste de l’hypnose. Au fil des séances qui la replongent dans son passé, elle retrouve la mémoire. L’étau se resserre… (quatrième de couverture).

Le roman de James Barnaby réunit nombre des ingrédients qui font un bon thriller : personnages à la psychologie trouble, policier torturé au sombre passé personnel, thématiques captivantes (organisations sectaires, secrets de famille, maladie mentale, hypnose…), rythme haletant et rebondissements bien menés. Ceci étant dit, le roman a surtout un petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. L’idée géniale (et inédite ?) de l’auteur d’inscrire la pathologie de Jane et a posteriori toute l’intrigue dans le sillage des films de Walt Disney. Des histoires pour enfants bien moins inoffensives qu’on ne le pense, puisqu’elles sont, dans ce roman, un véritable outil de manipulation mentale.
Délicieusement terrifiant, malgré quelques coïncidences un peu grosses et une fin de récit banale et quelque peu malvenue.

James Barnaby, À Fleur de peau, Editions de Borée (Marge noire), 2018, ♥♥♥♥

xoxo

Certaines personnes ont besoin de quelques jours (voire quelques mois),
pour s’habituer à ma présence en continu. Je peux taper sur les nerfs, parfois.

Je m’appelle Morgane et, pour moi, aucun défi n’est insurmontable. Au contraire! Je suis passionnée, je suis intense, je suis unique en mon genre ! Rien ne pourra m’empêcher de réaliser mon rêve : mettre sur pied un journal étudiant révolutionnaire au sein de ma nouvelle école. Ma vie est remplie de surprises… et de coups de cœur… et de petits secrets… C’est ce que je m’apprête à découvrir en compagnie d’Annabelle, Eddy et Thomas, mes nouveaux amis (quatrième de couverture).

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Un roman « bien dans son époque » qui plaira aux plus jeunes (filles) à la fois pour son personnage haut en couleur (une adolescente loufoque au caractère bien trempé), son contexte (un internat et des histoires de collégiens), son propos (amours, amitié, homosexualité et homophobie…) et son style (décontracté et émaillé d’échanges de textos). En tant qu’adulte je garderai essentiellement le souvenir d’un texte divertissant, sans prétention, dont j’ai plus particulièrement aimé la touche « québécoise » (lexique à l’appui si nécessaire) et l’humour bien dosé. Attention, il s’agit du premier volume d’une série : la fin en est de fait un peu abrupte et ouverte. Je remercie les éditions belges Kennes et Netgalley pour cette lecture !

Geneviève Guilbault, Textos et cie (tome 1 : #ainsivalavie!), Kennes éditions, 2018, ♥♥♥♥