A consommer

Quand Zéphyrelle se voit confier sa première mission d’espionnage, et par le dynarque de Slarance en personne, elle ne sait si elle doit se réjouir. Car derrière cet insigne honneur se profile une inquiétante réalité : tous les autres agents, dont les plus chevronnés, se sont fait tuer en suivant la piste de l’odieux trafic de blé qui empoisonne la cité. Qui ? Comment ? Pourquoi ? Autant de questions auxquelles la jeune femme doit trouver des réponses, en essayant, si possible, de rester en vie. Ce que la présence persistante d’un jeune cuistot empoté et transi d’amour rend encore plus délicat…



Fans de Lanfeust et autres Trolls de Troy, ne passez surtout pas votre chemin ! Vous trouverez dans ce roman tout ce qui fait le talent d’Arleston : des personnages atypiques (une espionne caméléon et un cuisinier pathétiquement amoureux) sympathiques et attachants dans un monde d’une grande « fantasy ». Le tout saupoudré d’une bonne dose d’humour. L’imagination fertile de l’auteur fait oublier les quelques faiblesses de l’intrigue et on passe un très bon moment.

Notice #3

Composition

Un thriller divertissant qui ne renouvelle pas les règles du genre, mais propose une vision intéressante – et originale ? – du thème de l’agoraphobie. Le tout sur un fond riche de références cinématographiques, probables clés d’interprétation du texte.

Indications

  • Un pavé qui se lit avec une grande facilité, des chapitres courts, un style efficace
  • Une réflexion sérieuse sur l’agoraphobie, ses causes et conséquences
  • Un personnage féminin touchant, à la psychologie poussée, notamment dans son travail de deuil

Contre-indications

  • Des ficelles peu originales
  • Des renversements prévisibles et une fin attendue
  • Un contexte culturel qui peut rebuter les non passionnés
  • Quelques longueurs

Bilan

Un texte qui sous la fiction n’en aborde pas moins des sujets aussi sérieux que l’agoraphobie (et son issue possible), le travail de deuil, la pédopsychiatrie

Excipients

#agoraphobie #deuil #enfant #famille #cinéma #film #alcoolisme #voyeurisme  #voisinage #solitude #adolescent #web

Autres prescriptions

Livr’envieConduite en état livresque, Léa Touch Book, Ju lit les MotsBribes … et vous ?

Lonesome

Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale. Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper. Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force. Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance (quatrième de couverture).



Un vieil homme solitaire chargé de ramener auprès des siens une jeune captive, arrachée à sa famille indienne d’adoption. Quoique prévisible, on se laisse porter par l’histoire touchante de ce duo improbable et attachant amené à se côtoyer, à s’apprivoiser avec bienveillance et compréhension, à se soutenir tout au long d’un voyage périlleux et formateur. Un message de solidarité fort, sublimé par un récit tout en pudeur et une ambiance singulière qui fait peut-être plus encore la force de ce roman. Je n’avais jamais lu de « western » auparavant et j’ai particulièrement apprécié l’immersion dépaysante dans une époque, de sublimes paysages (révélés par de talentueuses descriptions) et un pan passionnant de l’Histoire du Far West. Je recommande.

Robinson de jardin

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de son compagnon s’effondre. Pour maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il a passionnément aimée, Martin, qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était terra incognita, se met à dévorer des romans et à bichonner les fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché et qui lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue (quatrième de couverture).

Dans la vie de Gabrielle, il y avait Martin, ses parents, ses élèves, sa bibliothèque, son jardin et ses amis des deux genres. Dans celle de Martin, il y avait Gabrielle.

Martin sombre dans une douce folie, peuplée de fleurs et de lectures, alors qu’il pense cultiver ainsi le souvenir de l’être disparu qu’il aimait plus que tout. Un érémitisme esthétique fatalement destructeur, décrit avec subtilité et poésie, même si l’on peut regretter la tendance de l’auteur à verser dans le morceau de bravoure. Le lecteur y perd progressivement patience, noyé dans les circonvolutions et finalement perplexe face au naufrage prévisible et emphatique.
Reste la conclusion de l’ouvrage, joliment porteuse d’espoir et de renouveau, mais qui n’a pas suffit à me faire oublier certaines longueurs.

Stéphane Jougla, Gabrielle ou le jardin retrouvé, J’ai lu, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat

Mon autre

Pour Alice, l’occasion fait le larron et c’est sans scrupule aucun qu’elle usurpe l’identité de sa sœur jumelle, décédée accidentellement sous ses yeux. Son but : profiter de la vie oisive et privilégiée qui était celle de Célia. Néanmoins, aux prises avec l’époux de cette dernière – archétype du pervers narcissique – et d’une belle-mère des plus caricaturales, elle a tôt fait de déchanter. Alors que le Pays des Merveilles convoité se délite, Alice prise dans un engrenage qui la dépasse, ne sait pas comment retraverser le miroir…

Je suis toi, tu es moi.

Un page-turner efficace qui, sans être inoubliable, laissera une impression plutôt favorable au lecteur, notamment de thrillers domestiques.
Si les ficelles sont un peu grosses, les astuces d’écriture (Alice miroir de Célia) et autres références littéraires (Lewis Carroll) liées à la gémellité faciles – pour ne pas dire éculées -, on se prend néanmoins au jeu pervers du personnage principal. Avant de se délecter du retournement de situation qui fait passer Alice de bourreau à victime… jusqu’à une issue inattendue et tout aussi retorse.

Edmonde Permingeat, Sans mon ombre, éditions L’Archipel, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat

Pour le pire…

Amandine attend avec impatience son enterrement de vie de jeune fille, qui s’annonce sous les meilleurs auspices : une organisation au cordeau grâce à Justine, gérante d’une agence d’événementiel et témoin de la mariée ; un décor idéal, les calanques de Cassis ; quatre demoiselles d’honneur triées sur le volet dont Charlotte, la meilleure amie d’Amandine, enceinte jusqu’aux yeux. Pourtant, la future mariée va vite déchanter. L’EVJF tant attendu vire au cauchemar : entre coups bas et règlements de comptes, mensonges et jalousies, les masques tombent et Amandine vacille. Mais n’est-ce pas dans l’adversité qu’on reconnaît les siens ? (quatrième de couverture).

– T’es une vraie garce, tu sais. Et toi une sainte, c’est clair.

EVJF est un roman à classer en chick lit et, en tant que tel, force est de constater qu’il tient toutes ses promesses. Léger, divertissant, amusant et lu en quelques heures, conséquence d’une écriture fluide où les dialogues prédominent. Les lectrices avides d’histoires de filles, sur fond de mariage, et autres (petites) cruautés entre copines se délecteront donc. Les autres passeront leur tour, découragées par le manque d’originalité et la superficialité du propos…

Liz Blackrock, EVJF, J’ai lu, 2019, ♥♥♥
Lecture en partenariat avec les éditions J’ai lu.

Bouc émissaire

Alors, à quoi bon courir après une balle pour l’attraper, faire un puzzle, découper des cartons et les colorier pour fabriquer des masques quand la vraie vie attend, tapie dans l’ombre, de pouvoir briser votre cœur ?

Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.
Inexorables, les conséquences des mauvais choix d’un père.
Inexorable, le combat d’une mère pour protéger son fils.
Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l’engrenage…
Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants (quatrième de couverture).

C’est avec un brin de perplexité que j’ai refermé le dernier roman de Claire Favan et n’eussent été la maison – Robert Laffont : La Bête Noire – qui a édité son ouvrage, le titre et la charte graphique, j’aurais pensé qu’il avait été rangé par erreur dans le rayon polar/thriller de la médiathèque. En bref, c’est bien trop prévisible et ronronnant pour un auteur qui nous a habitués à un style percutant, une analyse distanciée et souvent glaçante, à des thrillers psychologiques complexes, fouillés, captivants et dérangeants. J’ai attendu, tout au long de ma lecture, que l’ouvrage démarre, rebondisse, pénètre les chemins sinueux de l’esprit des protagonistes. Pourtant, la figure du bouc émissaire, qui est le fil conducteur du récit, aurait mérité un meilleur (pire ?) traitement. Un ouvrage qui a néanmoins le mérite d’étudier un sujet de société sérieux et qui conviendra (mieux) à un lectorat enclin à des thrillers moins éprouvants, plus éthérés

Claire Favan, Inexorable, Robert Laffont, 2018, ♥♥♥

Voyeurisme

Elle a tout vu, mais faut-il la croire ? Séparée de son mari et de leur fille, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem, abreuvée de merlot, de bêtabloquants et de vieux polars en noir et blanc. Quand elle ne joue pas aux échecs sur internet, elle espionne ses voisins. Surtout la famille Russell – un père, une mère et un adorable ado –, qui vient d’emménager en face. Un soir, Anna est témoin d’un crime. Mais comment convaincre la police quand on doute soi-même de sa raison ? (quatrième de couverture)



Bien qu’efficace et divertissant, je risque d’oublier assez vite ce roman qui ne manque pas d’atouts, mais use de ficelles peut-être un peu trop connues des habitués du thriller. Si j’ai trouvé le thème principal (l’agoraphobie) plutôt bien décliné et assez original, je n’ai pas été bluffée par les renversements et autres twists que promettait la quatrième de couverture. A vrai dire – et c’est plutôt rare pour moi – j’ai senti venir les révélations finales.
Un autre point intéressant du récit consiste en son contexte cinématographique. Les nombreuses références aux films en noir et blanc qui émaillent le récit et forment l’une des échappatoires obsessionnelles du personnage principal me semblent également une véritable toile de fond et une probable clé d’interprétation. Toutefois, si mes connaissances très lacunaires m’ont permis de déceler l’allusion évidente à Fenêtre sur cour d’Hitchcock, je n’ai pas su apprécier les autres (probables) clins d’œil et leur portée.

Un avis mitigé donc, mais je reste persuadée qu’il tient moins à la qualité intrinsèque de ce roman qu’au fait que je sois passée à côté de plusieurs de ses singularités. Merci aux Presses de la Cité pour cet envoi !

Lecture en partenariat